Axelle Kaulanjan, Consultante

  • Repéré sur talanannou.com | jeudi 30 août 2018
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Source photo Talan An Nou

« Osez ! Et surtout, aimez ce que vous faites. Quelle que soit l’issue, l’on a tout à gagner en leçon de vie » Axelle Kaulanjan est une consultante mais pas que… C’est surtout une jeune femme prodigieuse aux MULTIPLES casquettes. Professeure de philosophie, journaliste, consultante en communication etc., elle ne s’arrête jamais.

Notre Olivia Pope locale (oui, elle est aussi douée en gestion de crise) a délaissé ses gladiators pour s’entretenir avec Talan An Nou.

Nom: KAULANJAN   Prénom: Axelle      

Age: 31 ans   Couleur: Jaune, couleur de lumière

Dicton: Sapere aude ! (« Ose te servir de ton propre entendement », « ose savoir » – Le maxime des Lumières)

Activité professionnelle: Collaboratrice du groupe d’élus Union pour la Démocratie-Team Daniel Gibbs / Consultante en communication et gestion de crise

 Lieu de résidence: Saint-Martin

Contact: www.axellekaulanjanconsulting.com, son Twitter (@Axelle971), son Facebook (@Axelle Kaulanjan)

 


PORTRAIT


Peux-tu te décrire en quelques mots ? Parler de soi-même n’est pas chose aisée, mais je dirais que je suis quelqu’un de bien ancré dans la réalité, même si je cultive aussi ma créativité qui fait aussi de moi une grande rêveuse. Être lucide sur le réel, permet de garder un esprit alerte et vigilant, de s’adapter, et d’évoluer en fonction de ses désirs, de ses rêves et de ses ambitions. Cela explique aussi, très certainement, ma passion pour la Philosophie, qui a occupé une belle partie de mon début de cursus universitaire. Penser la vie dans toutes ses dimensions est important, pour moi.

 

Et en un mot ? Cérébrale

 

Que fais-tu de ton temps libre ? Je passe l’essentiel de mon temps libre avec mon fils de deux ans et demi, entre jeux éducatifs et beaucoup d’activités en plein air, entre Saint-Martin et notre campagne du Nord Grande-Terre, ou en voyages. Et puis je lis, et j’écris beaucoup.

 

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Face à une situation positive, je me laisse facilement gagner par le bonheur que cela me procure, et essaie au maximum de le partager. 

 

Et une situation irritante ? Quel que soit le contexte, les réflexes de gestion de crise font surface et j’essaie de « fixer » la situation, dans la mesure du possible, puis en tirer des leçons pour progresser.

 

Dans ta playlist, on trouve qui ? Beaucoup de musiques caribéennes : du Florence Naprix, Stevy Mahy, du konpa, et surtout les sons love d’Arly Larivière, maestro du groupe Nu-Look dont je suis l’évolution depuis plus d’une dizaine d’années. Et puisque je suis très éclectique, il y a aussi pas mal de Lenny Kravitz, Bon Jovi, Scorpions, ACDC, Metallica. Et quand j’ai besoin de grandes inspirations (très souvent) et de me concentrer, Maria Callas et Vivaldi passent en boucle.

 

Ton artiste préféré ? René Depestre, sans hésitation.

« Être une jeune mère et en plus avoir beaucoup de responsabilités professionnelles, ça m’a appris à être beaucoup plus rigoureuse et efficace »

Ton plat préféré ? Indubitablement le colombo de mon père. Ce plat, à lui seul, de par son histoire et son origine, représente pour moi, une part admirable de notre culture créole. Les Indiens contractuels qui sont arrivés en Guadeloupe ont dû s’adapter: avec le peu d’épices indiennes dont ils disposaient, et celles présentes en Guadeloupe, ils ont essayé de s’approcher du curry indien. En un plat, s’expriment le syncrétisme et la capacité de nos ancêtres (tout comme le processus qui a donné le Créole) à faire cohabiter des cultures radicalement différentes, pour finalement les sublimer.

 

Un voyage mémorable ? Haïti. La première fois, la seconde, et toutes les fois d’après.

 

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascine et pourquoi ? La culture haïtienne. Avec Haïti, où j’ai vécu et travaillé, c’est une histoire d’amour indicible. Ma relation avec ce pays est particulière, et si viscérale, que parfois l’on me dit que j’ai sûrement été Haïtienne dans une vie antérieure (rires).

 

Des habitudes bizarres ? (Rires) Lorsque l’on est une jeune maman, l’on développe toute une batterie d’habitudes bizarres, comme utiliser les lingettes pour bébé pour TOUT nettoyer. Mes collègues me regardent parfois, les yeux écarquillés, essuyer une trace de café sur mon bureau avec des lingettes Pampers ! 

À Tropiques FM, interview par Jean-Jacques Seymour, pour la promotion de l’Abécédaire LKP co-écrit en 2012 avec Mylène Colmar. (Crédit photo : Philippe Barbosa)

À Tropiques FM, interview par Jean-Jacques Seymour, pour la promotion de l’Abécédaire LKP co-écrit en 2012 avec Mylène Colmar. (Crédit photo : Philippe Barbosa)

 

Un talent étrange ? Quant au talent, peut-être pas étrange : être une jeune mère et en plus avoir beaucoup de responsabilités professionnelles, ça m’a appris à être beaucoup plus rigoureuse et efficace dans tout ce que je fais. On se fixe un objectif, on compartimente tout, et on va droit au but.

 

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? La famille proche et l’Art. Ils demeurent quand tout le reste vacille.

 

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? L’Art, la quête du Beau en tout, en général. Quand je me sens au plus bas, ou qu’une situation paraît désespérante, la Beauté, où qu’elle soit me redonne espoir.

 

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je m’installerais en « résidence » permanente à l’hôtel Oloffson (un endroit MAGIQUE), à Port-au-Prince, et passerais mes journées à écrire afin de terminer mes projets de nouvelles et de romans auxquels je ne consacre pas assez de temps. Je vivrais à temps plein en Haïti…J’aime ce pays, et il n’y a pas une seconde où il ne me manque pas, quand j’en suis loin. Et puis je voyagerais, sans cesse.

 

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PARCOURS

« La valeur essentielle que je défends c’est la compétence »

Quelle a été ta formation ? Après un bac S, spécialités physique-chimie, je me suis laissée emporter par mon amour de la Philosophie. J’ai donc obtenu mes premiers diplômes universitaires, jusqu’au master, en Philosophie. Et comme je crois aussi beaucoup en l’action publique et à la belle politique, j’ai aussi obtenu un master en droit public mention sciences politiques, spécialités gestion des collectivités territoriales et communication politique. J’ai aussi préparé un master en relations internationales et diplomatie.


Quand as-tu décidé de devenir consultante et d’ouvrir le « Axelle Kaulanjan Consulting » ?Et comment as-tu atterri à Saint-Martin ? J’ai eu une belle opportunité, en 2012, grâce au Pr. Wilson Laleau, alors Ministre du Commerce et de l’Industrie de la République d’Haïti (et aussi Ministre de l’Économie et des Finances sous Martelly). Il m’a fait l’honneur de placer sa confiance en moi, et de faire de moi sa directrice de la communication. À ce poste, j’ai pu travailler avec des consultants internationaux de très haut niveau. Cependant, la réelle connaissance de la Caraïbe et des Caribéens leur manquait. C’est alors que j’ai eu l’idée d’ouvrir mon propre cabinet de consulting. Lorsque j’ai décidé de rentrer en Guadeloupe pour avoir mon fils, j’ai donc décidé de relancer Axelle Kaulanjan Consulting.

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Quant à Saint-Martin, cela s’est décidé vite, car l’opportunité est superbe : un de mes contacts professionnels m’a appris que M. Gibbs et son équipe de l’Union pour la Démocratie étaient à la recherche de leur nouvelle collaboratrice pour leur groupe d’élus d’opposition à la Collectivité. Mon profil et mon côté caribéen leur a plu, leur vision du territoire et de la coopération caribéenne m’ont convaincue depuis 2012, alors la suite a été presque « naturelle ». Me voilà donc à Saint-Martin, depuis peu, et le travail se fait en bonne intelligence. J’aime travailler avec des gens comme M. Gibbs qui sont droits dans leurs bottes, et qui ont une vision ambitieuse et responsable pour leur territoire, tout en l’ancrant dans la Caraïbe.

 

Avant ton cabinet de conseil, que faisais-tu ? Avant Axelle Kaulanjan Consulting, j’ai eu plusieurs vies professionnelles : prof de Philo, consultante en communication électorale et journaliste. Autant d’expériences enrichissantes qui m’ont permis de tisser un beau réseau, et de très belles amitiés à travers le monde.

 

Axelle Kaulanjan accompagnant le ministre de l’Économie et des Finances, son excellence Wilson Laleau (cravate bleue), lors du dépôt de la loi des Finances 2014 de la République d’Haïti à l’Assemblée nationale. (Crédit photo : Jean-Mary Médor)

Axelle Kaulanjan accompagnant le ministre de l’Économie et des Finances, son excellence Wilson Laleau (cravate bleue), lors du dépôt de la loi des Finances 2014 de la République d’Haïti à l’Assemblée nationale. (Crédit photo : Jean-Mary Médor)

 

Que défends-tu à travers ton entreprise? Quels sont les domaines d’expertise ? La valeur essentielle que je défends c’est la compétence. En Guadeloupe, comme ailleurs, nous avons hérité d’un modèle économique et social qui ne fait pas toujours une place assez digne aux personnes qui sont compétentes et qui en veulent. La compétence est le critère principal sur lequel je souhaite être appréciée professionnellement. Les domaines d’expertise de mon cabinet sont la communication, la gestion de crise, et la coopération et la diplomatie de la Caraïbe et des PMA.

 

Au service des élus de l’Union pour la Démocratie-Team Daniel Gibbs, je suis avant tout une technicienne de la politique en collectivité territoriale (préparation des Conseils territoriaux, discours, éléments de langage, échanges et rencontres avec les administrés, etc.), et je fais en sorte de coordonner l’équipe pour la rendre la plus comprise, audible et visible que possible.

« Entreprendre, lorsque l’on est une jeune femme, en plus maman solo, peut paraître pour certains une hérésie…encore en 2016 ! »

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Entreprendre, lorsque l’on est une jeune femme, en plus maman solo, peut paraître pour certains une hérésie…encore en 2016 ! J’ai reçu beaucoup d’encouragements de mes parents, amis et anciens patrons et collègues. Mais nombreuses aussi ont été les personnes qui ont essayé de me décourager, en Guadeloupe essentiellement.

Pour elles, vu la conjoncture actuelle, et mon statut de jeune maman, j’aurais d’abord dû jouer la carte de la sécurité de l’emploi : passer des concours de l’Éducation nationale, ou encore me ranger dans un placard quelconque. Un job tranquille, sans responsabilités, ni challenges. Une hérésie pour moi qui aime être mise au défi intellectuellement parlant !

 

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? Comme beaucoup d’étudiants antillais qui partent poursuivre des études en France, et à Paris plus singulièrement, j’ai rencontré la discrimination qui s’exprime diversement, de façon franche ou plus subreptice : des difficultés à trouver un logement malgré des capacités financières décentes de mes parents, le regard lourd et interrogateur de mes « camarades » étudiants en Philosophie en cours (j’étais la seule Noire pendant deux ans dans ce cursus!), les entretiens d’embauche qui n’aboutissent pas, entre autres.

« Le soutien de ma famille, la lecture des Philosophes, et l’Art ont toujours été des adjuvants précieux. Mais niveau professionnel, rien ne vaut les conseils d’un mentor inspirant, et une grande maîtrise de soi »

Et comme tout le monde, la vie ne m’a pas épargnée. J’ai notamment eu à faire face à un défi professionnel particulièrement difficile avant de monter mon cabinet de consulting. Et pour surmonter ces obstacles, le soutien de ma famille, la lecture des Philosophes, et l’Art ont toujours été des adjuvants précieux. Mais niveau professionnel, rien ne vaut les conseils d’un mentor inspirant, et une grande maîtrise de soi, de la méthode en tout (merci Descartes !), afin de toujours garder la tête froide pour prendre les décisions les plus efficaces. Et puis, rien de mieux qu’un nouveau projet, stimulant, pour sublimer les frustrations et l’énergie que l’on pourrait perdre ailleurs !

 

Quelle est ta plus grande peur ? Je pense que c’est perdre la mémoire et/ou la raison. Pour quelqu’un qui aime les choses de l’esprit, c’est terrible !

 

Des projets futurs ? Oui ! Des projets littéraires personnels, et pourquoi pas Haïti, et l’Afrique, au niveau pro. Ce sont des territoires à forts potentiels où se joue, j’en suis sûre, l’avenir.


INSPIRATION


Qui est ton modèle dans la vie ? C’est une question à laquelle je pourrais répondre de manière consensuelle, en évoquant de grandes personnalités qui ont lutté pour les droits civiques des femmes, des Noirs, et les abolitions de l’esclavage, des philosophes, Le Bouddha. Et cela serait en adéquation avec ma nature. Mais j’ai aussi des modèles bien plus proches de moi et en qui j’ai trouvé d’admirables qualités : des membres de ma famille, des professeurs et anciens patrons qui sont devenus des mentors ou des amis.

 

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Toussaint Louverture. Pour son extraordinaire rôle dans l’avènement de la première République noire, et surtout parce que son discours avant de quitter Haïti vers une mort certaine au Fort de Joux est l’un des plus inspirants qu’il soit.

© Encre noir

© Encre noir

 


MESSAGE


« Un rêve que l’on cherche à accomplir révèle beaucoup de notre personnalité et, parfois, l’on peut se surprendre soi-même et découvrir des ressources surprenantes au fond de soi »

 

Lors d’un cours expérimental de philosophie créole au lycée de Port-Louis, Guadeloupe.

Lors d’un cours expérimental de philosophie créole au lycée de Port-Louis, Guadeloupe.

 

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Je leur dirais de croire en eux, et de cultiver leur force intérieur. Mais que pour tout et en tout, il faut de la méthode, et que l’éducation et l’instruction sont les meilleures alliées. Un rêve que l’on cherche à accomplir révèle beaucoup de notre personnalité et, parfois, l’on peut se surprendre soi-même et découvrir des ressources surprenantes au fond de soi. Osez ! Et surtout, aimez ce que vous faites. Quelle que soit l’issue, l’on a tout à gagner en leçon de vie.

 

Quelle direction devrait-on suivre, en faveur de notre société guadeloupéenne ? Pour moi, il s’agit surtout d’une route tracée collectivement, qui est, pour le moment, plutôt un chemin de traverse : je fais référence à toutes ces initiatives, dans les quartiers, les familles, les associations, pour retisser la solidarité et la fraternité désintéressées. Mais cette question est éminemment politique, et en la relisant je ne peux m’empêcher de penser au processus de réflexion sur le projet guadeloupéen de société qui n’a pas eu de succès. L’idée était là, elle était intéressante, mais son déploiement n’a pas suivi. Dommage.

« La Guadeloupe a des talents, et il nous appartient à nous, Guadeloupéens, de mettre certaines pratiques surannées au placard pour que s’expriment ces talents »

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Il y en a plusieurs. J’admire particulièrement toutes les femmes politiques et chefs d’entreprises que j’ai l’occasion de rencontrer, de fréquenter, ou pour lesquelles je travaille. Nombre d’entre elles sont particulièrement impliquées dans la formation et l’insertion des jeunes, ou encore dans le women empowerment. À mon sens, c’est vital que les jeunes et les femmes soient accompagnés et trouvent d’autres femmes pour les inspirer. J’admire tous ces gens qui ne pratiquent pas la politique du « fann tchou » et qui sont décidés à aider leurs concitoyens à progresser pour une Guadeloupe plus forte dans une Caraïbe qui gagne, unie.

 

Un mot pour la fin ? La Guadeloupe a des talents, et il nous appartient à nous, Guadeloupéens, de mettre certaines pratiques surannées au placard pour que s’expriment ces talents !

Au lancement officiel de la stratégie d’aide pour le commerce des pays membres de la CARICOM à l’hôtel Royal Oasis, Haïti, juin 2013. (Crédit photo : Jean-Mary Médor)

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Axelle KAULANJAN 

Contact: www.axellekaulanjanconsulting.com, son Twitter (@Axelle971), son Facebook (@Axelle Kaulanjan)

 



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