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Euvonie Georges Auguste : Yon gran manbo

Pourtant qualifié de « diabolique » le vaudou haïtien possède une grande communauté d’adeptes d’ici et d’ailleurs. Euvonie Georges Auguste, au service des « loas » depuis 37 ans avec son houmfor situé dans la commune de Gressier, est fière de son statut de « Gran sèvitè ». Cette mère de famille de 5 enfants (3 filles et 2 garçons) et grand-mère de 5 petits-enfants n’a jamais regretté de s’être tournée vers le vaudou en dépit du refus catégorique de sa famille. C’est avec passion que l’initiatrice de la  » Confédération nationale des vodouisants haïtiens » nous parle de son cheminement vers un tel sacerdoce.

Dofen News : Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Euvonie G Auguste : Mon nom complet est Euvonie Georges Auguste. Manbo, Grand Serviteur à la KNVA- Konfederasyon Nasyonal Vodouyizan Ayisyen. J’ai fait mes études classiques et universitaires à Port-au-Prince, où je suis née et ai grandi.Travailleuse Sociale, fonctionnaire publique travaillant au Ministère des Affaires Étrangères, je réside actuellement à Delmas. 

D.N : Connaissant votre statut de prêtresse, depuis quand êtes-vous versée dans le vaudou ?

E.G.A : Je ne suis pas née vodouisante car mes parents n’étaient pas pratiquants. J’ai grandi dans le protestantisme. Je me suis donc initiée au Vaudou à l’âge de 28 ans.

D.N : Vous venez de nous dire que vos parents étaient protestants, comment ont-ils reçu la nouvelle de votre désir d’initiation ?

E.G.A : Ils étaient sidérés. Ils m’ont adressé toutes les reproches du monde. Ils m’ont fait croire que j’étais maudite, une déception. une « gate ras ».

D.N : Ce désaccord a-t-il été définitif ?

E.G.A : Non. Quand ils ont commencé à constater les changements positifs opérés dans ma vie dûs à l’initiation, ils ont changé d’attitude à mon endroit et je suis devenue le poteau mitan de ma famille.

D.N : Racontez nous donc, comment êtes vous devenue prêtresse ?

E.G.A : Dès ma tendre enfance, une communication entre les Lwas et moi s’est établie à travers des rêves et d’autres formes. Je ne comprenais ce pas que je vivais, j’avais même des troubles et des hallucinations. Un docteur m’avait même dit que je souffrais d’une maladie imaginaire. Je voyais des gens me parler pendant que d’autres personnes ne les voyaient pas.

J’ai commencé à poser des questions. Ainsi j’ai pu faire la rencontre d’un « hougan » intellectuel qui faisait des consultations pour des cas particuliers. Il m’a emmené chez lui un jour, il a par la suite appelé « Ogou feray » qui m’a dit que je suis une « choisie », une  » reklame ». Il a affirmé que je devrais m’initier. J’ai posé au « loa » la question sur cette affaire d’initiation, il a répondu que je dois être « Kanzo ». Avec mes préjugés sur le mot « Kanzo » que j’ai eu de par ma famille et mon école de bonnes Sœurs, j’ai abandonné l’idée. Je n’ai plus reparlé de ça au monsieur. Son nom est Gérald Coradin.

Un jour, j’ai ma commère (une amie que je considère comme une sœur) qui m’a demandé de l’accompagner quelque part. Arrivée sur les lieux, j’ai vu qu’il s’agissait d’un « péristyle ». Elle avait rendez-vous avec un « loa ». Quand « Ogou balendjo » est venu, il m’a parlé d’abord pour m’expliquer tous mes rêves, les plus pertinents que j’avais faits. Il m’a rassuré sur ma santé mentale et m’a expliqué que j’étais en commuication avec le monde des esprits. Mon incompréhension découlait du fait qu’il me manquait quelque chose. Ça a été un déclic pour moi parce que j’étais en proie à des troubles psycho-sociologiques. Lorsqu’ il a relevé le sujet sur l’initiation, je lui ai rétorqué que je n’avais pas d’argent. Il m’a répondu que je n’en avais pas besoin car cela va dépendre totalement de lui. C’était un 20 novemebre 1984, le jour où j’ai rencontré Dieu.

Une date qui m’est importante. Et je pense que c’est une expérience que chaque haïtien devrait vivre. Être « kanzo » pour devenir « hounsi » Le terme hounsi signifie celui qui a épousé Dieu. Cela fait  37 ans que je suis devenue Hounsi et 33 ans que je suis Manbo.

D.N : Quelle a été l’une de vos plus grandes expériences dans le vodou ?

E.G.A : La plus grande expérience que j’ai faite durant mon cheminement spirituel est la mise en place de la communauté Vodou par la création de la KNVA – Konfederasyon Nasyonal Vodouyizan Ayisyen, où j’exerce actuellement la fonction de Grand Serviteur.

D.N : Êtes-vous « manbo asogwe ou makousen » ? Existe-il une différence entre ces deux termes ?

E.G.A :  Je suis une « Manbo Asôgwe Bô Da Gimen Menfò ». Il n’y a pas vraiment une grande différence car le sacerdoce est le même puisque les prêtres et prêtresses du Vodou ont la même mission, celle d’orienter la conscience humaine, de construire l’humain et de le guider tout au long de son cheminement spirituel. Les appellations varient selon les rites initiatiques. Celui que j’ai reçu est le « Kushè Kanzo ».

D.N : Quelle est la place de la femme dans cette religion ?

E.G.A :  L’inégalité de genre n’existe pas dans le Vodou haïtien. L’homme et la femme sont tous deux égaux devant les Lwas avec les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes prérogatives et des attributions spécifiques. Toutefois la femme y occupe une place de choix parce que le culte en grande partie dépend d’elle.

D.N : Quels en sont vos conseils pour toutes les jeunes femmes qui ont cet appel pour devenir prêtresse vaudou ?

E.G.A : Je leur conseille d’écouter la voix de leur conscience car c’est dans cet endroit que se situe toute notre communication avec le divin. Elles doivent également faire des recherches sur cet appel comme moi je l’ai fait auparavant. Ne néglige pas votre appel, lorsque vous l’avez. Trouvez-vous un guide sérieux. Ayibobo !!!

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