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Le roman glaçant du féminicide en Haïti en 2021

Qu’ont en commun Sherley Monfort, Jephline Beauvoir, Manithe Bazelais, Brunia Saint-fort, Djenna Germain, Marie Lucie Immaculée Bredy, Juventha Cantave, Lovelie Mésidor, Marline Floral Nerestant et Ernithe Jean ? Le fait pour elles d’être nées femmes dans une société où depuis la mort de Ginoue Mondésir en 2006, le féminicide s’opère à ciel ouvert et fait écho dans la presse grâce aux technologies qui ont entre temps évolué.  » Elles sont mortes parce qu’elles sont des femmes » souligne Jovania Gabrielle Pierre, coordinatrice de programme au sein de Marijàn.  » Elles sont mortes des coups d’un conjoint, d’un amant d’un concubin ». Elles sont tuées selon la formatrice au sein de la célèbre plateforme au nom d’une grande guerrière parce qu’elles ont décidé de dire adieu à une relation toxique, parce que le bourreau en question est jaloux. Tant de foutaises Vous conviendrez! Mais c’est la vérité.


Les hommes Haïtiens ne sont ni plus ni moins violents envers les femmes que ceux d’autres pays. C’est tout un corpus de traditions qui s’est développé au fil des siècles qui génère en continu ces problèmes qui vont au-delà du fait divers à travers le monde.
 » La société veut que la femme dépende de l’homme , il y a l’injonction de se marier ou de fonder une famille, il y a les raisons économiques, religieuses  » cite Jovania.
Marijàn a voulu dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes d’abord nommer ces victimes. Rappeler qu’elles ont été aimées par leur famille, leur milieu, qu’elles avaient des ambitions des rêves.
La structure a voulu aussi dénoncer le féminicide qui endeuille les familles mais aussi prévenir car en parler permet de montrer le danger.

Pourquoi seulement 11? Parce qu’en Haïti le problème du chiffre de la traçabilité est immense. Marijàn s’est tourné vers la presse. Avec des éléments glanés auprès de cette dernière, elle est allée frapper aux portes des Casec ou autres instances locales qui peuvent aider à retracer les familles.
Pour les familles cette prise de contact d’une organisation est une occasion de faire le deuil, pour d’autres c’est le couteau qui se remue dans la plaie encore ouverte. Marijàn selon Jovania, ne s’impose pas dans la tragédie des gens. Elle ne joue pas au sauveur. Elle priorise l’écoute.
Les 11 victimes sont de toutes les couches. Cela atteste de la banalisation du féminicide dans toutes les sphères de notre société. Elles sont toutes ambitieuses, travaillaient sur de grands projets. Il y en a de futures docteures, d’agronomes. L’âge va de 17 à 36 ans.


Quid de la justice?
Certes Marijàn souhaite que justice soit faite et peut même supporter ce processus mais il faut que ce soit une décision de la famille.  » Les gens ont le droit de vouloir porter plainte ou pas. Souvent ils s’en abstiennent pour des raisons assez compréhensibles » note notre interlocutrice.
L’exposition dédiée aux 11 victimes s’est tenue le 2 décembre au Centre culturel Pyedpoudre. Sur des sépultures en miniature on a écrit leur nom avec les mots  » Je ne voulais pas mourir ». Sur les murs on exposait leur photos avec un profil. Il y avait des lampions autour des sépultures comme pour saluer leur lumière qui continuera d’éclairer le chemin des luttes pour l’égalité.

Larissa Magloire Janvier

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