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Mutchi Obas, une féministe dans l’âme et sur le terrain

Psychologue de formation et femme d’affaires. Marie Kistcha Mutchi Obas est la co-fondatrice de l’organisation féministe et féminine « Zantray Fanm Kreyòl ». La Capoise qui est pdg des Entreprises Guarico croit que les femmes doivent davantage s’impliquer dans cette lutte qui vise l’élimination des inégalités basées sur le sexe. De Limonade, chez elle, la militante revient sur son parcours et ses expériences dans le milieu de l’activisme et apporte des conseils.

Dofen News : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et lectrices ?

Marie Kistcha Mutchi Obas : En effet, dès mon jeune âge, je militais, à titre de secrétaire, au sein de l’association Militants pour la Promotion et la Protection des Droits Humains en Haïti (MIPPRODH), dont la mission consiste à dénoncer et rédiger des rapports sur les violations des droits de l’homme dans les prisons.

Convaincue et déterminée, à partir de cette expérience, je me suis spécialisée dans la défense des droits des enfants en créant une organisation dénommée « LAKOU TIMOUN » ayant pour cause de promouvoir et défendre les droits des enfants et d’élever la voix contre la violence scolaire et la domesticité.

En plus de mes activités associatives, j’ai aussi milité dans un Parti politique dénommé : « POU NOU TOUT » (PONT) de 2014 à 2020 dont j’étais la Coordinatrice Nord. Cette expérience m’a permis de comprendre le faible taux de participation des femmes à la politique en Haïti ainsi que les violences, les agressions et harcèlements qu’elles subissent.

D.N: Qu’est ce qui vous a poussé à devenir féministe? S’agit-il d’un événement marquant?

M.O : À l’idée de voir une société juste et équitable où les besoins primaires sont accessibles à toutes et à tous, fondée sur le respect et la protection des droits fondamentaux de la personne humaine à laquelle je suis très attachée. Voilà ce qui m’a conduit à devenir féministe.

Moi, Mutchi Obas, femme émancipée, j’ai été victime d’agression à mon propre domicile dans ma ville natale. Malgré mon statut social, mon parcours professionnel, je n’ai pas été épargnée des conséquences néfastes de tels préjudices. Que dirions-nous des femmes des milieux ruraux dont les voix ne font pas échos face à ces atrocités?

Face à ces violences que subissent les femmes en Haïti, je suis encore plus que déterminée à redoubler d’efforts dans la lutte pour le respect et la protection des droits de toutes et de tous. Les droits de la femme font partie intégrante des droits de la personne. D’ailleurs, la constitution haïtienne, les conventions et les traités internationaux signés et ratifiés par Haïti les ont consacrés.

Me joignant à d’autres militantes avec les regards fixés vers de nouveaux horizons où les droits de la femme sont totalement respectés et protégés, nous avons cofondé l’organisation « ZANTRAY FANM KREYÒL », ayant pour objectif : « Lutter pour l’émancipation complète de la femme en Haïti ».

D.N : Qu’est ce que vous avez appris depuis lors dans cette lutte ? Parlez-nous d’une ou des réalisations intéressantes ou un événement qui vous motive à continuer.

M.O : Les disparités sociales, les lois haïtiennes qui sont en faveur des femmes ainsi que les traités et conventions internationaux relatifs aux droits humains / femmes qu’Haïti a signés. La défaillance du système judiciaire et des affaires sociales. La féminisation des noms de métiers.

À travers « ZANTRAY FANM KREYÒL », j’offre des formations sur l’entreprenariat, les droits de la femme, les droits humains, la psychologie de l’enfant / adolescent, le leadership politique à d’autres organisations de la Societé Civile. C’est motivant de constater que beaucoup d’hommes et de femmes embrassent la cause et participent aux séances de formation.

D.N : Quelles sont les difficultés rencontrées depuis votre adhésion à la cause féministe?

M.O : L’un des principaux obstacles à l’élimination de la violence à l’égard des femmes et le respect de leurs droits reste l’impunité ;
La crainte et la réticence des victimes de s’engager dans des démarches juridiques parce qu’elles sont susceptibles de se faire à nouveau des victimes;

L’ignorance des groupes et des problèmes des femmes marginalisées;

Des intimidations, des diffamations et injures sexistes et sexuelles venant des anti-féministes.

D.N : Quelles sont les principales choses qui doivent être changées selon vous pour une amélioration du sort des femmes et des filles?

M.O : Ayibobo pour les féministes et les mouvements de femmes Haïtiennes qui se battent sans cesse pour l’égalité et contre l’oppression.

Les femmes doivent s’impliquer beaucoup plus et se soutenir les unes les autres pour éradiquer les inégalités basées sur le sexe.

Il faut s’unir davantage pour éviter les ruptures entre organisations et militantes dues aux comportements de certaines qui maternent, victimisent, stigmatisent et dénient la subjectivité politique des autres.

Il faut enseigner les droits humains plus précisément ceux des femmes à l’ école.
Il faut prôner la laïcité de l’État et exiger de l’État les besoins primaires.

Il faut se battre contre la cybercriminalité.

D.N : Quels conseils avez vous pour celles qui aimeraient devenir féministes ?

M.O : Certains combats ont été remportés, mais les femmes restent affectées de manière disproportionnée par toutes les formes de violence et de discriminations dans toutes les sphères de la vie. À cet effet, elles doivent s’engager pour réclamer leurs droits et de bonnes lois, car la bataille est la leur.

Propos recueillis par Shylene Prempin

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