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Crédit photo : Dofen News

Le féminisme n’a pas de sexe dixit Georgy Lundi, féministe

Le féminisme est une doctrine qui préconise l’égalité entre les genres féminin et masculin, et l’extension du rôle de la femme dans la société selon Google. Les lesbiennes, les gays, les fous, tels sont les sobriquets des féministes. Pourtant, cette lutte ne cessera pas. Celle de l’émancipation de la femme. Georgy Lundi, journaliste, écrivain travaillant sous son 3ème recueil, poète et féministe haïtien donne son point de vue sur la question.

Dofen News: Qu’est-ce qui vous touche tant dans le mouvement féministe pour que vous choisissez vous-même d’en être un?

Georgy Lundi: En fait, le féminisme est un mouvement qui a un regard sur la société. Il remet en cause certaines dérives et prend position. J’ai grandi dans une famille à Martissant, un quartier populaire comme on l’appelle, avec mes tantes, cousines et mère.  Petit, j’ai assisté aux violences faites aux femmes. Des femmes qui exerçaient le rôle de femmes au foyer, et pilier de la famille. Tôt, j’ai commencé à me positionner et penser à défendre une cause que tant d’autres négligent. 

D.N: Cette envie de défendre les femmes , comment l’avez-vous nourri?

G.L: J’ai fait beaucoup de recherches et intégré Nègès Mawon, un groupe féministe qui défend les causes de la femme.

D.N: Êtes-vous le seul homme à intégrer Nègès Mawon? 

G.L: Non, je ne suis pas le seul homme.

D.N: Comment comprenez-vous cette construction  de  stéréotypes de genre dans notre société, quand on voit que systématiquement les garçons sont considérés comme étant forts dès leur plus jeune âge?  

G.L: Dommage, il y a ces cas dans toutes les sociétés où le patriarcat règne. Dès le berceau, on inculque aux fillettes à être faibles, elles doivent exprimer leurs sentiments. Les garçonnets doivent faire semblant d’être forts.  Ils ne doivent pas exprimer leurs peurs, émotions. Beaucoup d’hommes ont malheureusement grandi avec ces clichés. On est des humains, on ne devrait pas vivre avec toutes les interdictions de la société.

D.N: Certains hommes pensent que le féminisme  apparaît  comme le versant féminin du machisme, prônant un déséquilibre de l’autre extrême, ils refusent le mot « féministe » au profit d’un autre terme, plus générique : « humaniste ». Que pensez-vous de tout cela sachant que vous vous revendiquez féministe?

G.L:  En effet, le mouvement n’a pas pris naissance en Haïti. Certaines personnes disent que les hommes ne peuvent pas être féministes, ils peuvent être des pro-féministes, ou humanistes, des avis que je ne partage pas. Les femmes subissent  partout à travers le monde le viol, le harcèlement. Les humanistes disent quoi là dessus?  L’humanisme est un terme biaisé certaines fois, ils l’utilisent pour ne pas réagir. Il faut un groupe pour dire non à la violence faite aux femmes!

D.N: D’autres hommes ne remettent-ils pas en question votre masculinité, votre virilité par rapport à votre engagement dans ce combat?

G.L: Oui, effectivement, je reçois tous les jours ce genre de questionnement, même les femmes en prennent partie. Je me souviens lors de la 2ème édition Nègès Mawon que des personnes étaient curieuses de voir des hommes dans un groupe féministe. Elles pensent qu’un homme féministe est systématiquement un gay, ou une fille féministe est une lesbienne. Le féminisme est un mouvement qui défend le droit de la femme. En 2019, les règles doivent changer, quelqu’un qui se questionne sur la virilité des gens a un problème.

D.N: Les violences sur les femmes augmentent de plus en plus, violence morale ou physique, elles sont tuées, violées, humiliées, et les bourreaux ne sont pas souvent punis pour leurs actes. Les droits des femmes  ne sont toujours pas respectés, le quota n’est pas représentatif partout, et l’inégalité salariale est toujours présente. Peut-on dire que le travail avance vu toutes ses années de militance et qu’on en soit encore à ce stade aujourd’hui?

G.L: Les femmes n’avaient pas le droit de voter, ou de jouir de certains droits dans le monde. Désormais, elles peuvent participer dans des débats politiques, et prêcher à l’église. La mairesse de Tabarre Nice Simon , première citoyenne de la commune est une parmi les nombreuses victimes, le dossier prend du temps, mais les femmes auront leur justice. Les progrès continuent, et  un jour, nous espérons qu’il n’y aura plus de victimes.

D.N: Quel avenir pour le mouvement en 10 ans?

G.L: Je suis optimiste. Les féministes font un travail colossal, la route est  longue mais pas infranchissable. En 10 ans, les femmes auront à gérer les postes publics, et leurs droits respectés.

D.N: Quel message aimeriez-vous envoyer au public?

G.L: On ne doit pas avoir peur de se battre pour quelqu’un. La femme doit être traitée comme un être à part entière, elle n’est pas une moitié, ni un être faible. Pour les féministes d’ici et d’ailleurs, je les souhaite un bon combat. Et pensez que le monde serait mieux avec le respect des droits.

Les femmes ont le droit d’avoir leurs règles, le droit de dire non. Elles ont le droit d’avoir un salaire comme les hommes. Elles ont le droit de vivre libres. Elles sont aussi intelligentes que les hommes. Cessons les stéréotypes…

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