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Réflexion sur l’avortement (projet de loi pénalisation)

Dans la matinée du 4 octobre 2018, j’ai entendu le Sénateur Rénel Sénatus intervenir sur le projet de loi sur la « pénalisation ». Parmi les points qui attirent mon attention, j’aimerais intervenir sur ceux ayant trait à l’avortement qui n’a pour causes le viol, l’inceste, la santé ou celui ne portant pas atteinte à la vie de la femme qui porte l’enfant.

Un premier constat est qu’en Haïti, les statistiques, les opinions, la consultation de toutes les catégories de personnes concernées par les politiques publiques, ou même un constat empirique ne sont pas les premiers éléments qui dictent les prescriptions et les proscriptions. Je soupçonne qu’elles émanent plutôt d’une personne au parlement qui a envie de toucher  un point qui lui parait important (ce que nous pouvons comprendre), ou de quelqu’un, éloquent pouvant influencer les décideurs.

Pour en revenir à l’avortement, je suis choquée d’apprendre que le projet de loi ne décriminalise pas l’avortement qu’il considère « non justifié ».

La première question que je me pose est la suivante: qu’est-ce qu’un avortement « non justifié »? La deuxième question est: est-ce qu’il y a des avortements « non justifié »? La troisième question est de savoir si une enquête est menée pour identifier les catégories de personnes touchées par l’avortement et pourquoi elles y ont recours?

En Haïti, lorsque vous êtes en couple, marié à la mairie ou à l’église, tout le monde demande « quand est-ce que l’enfant va naitre »? Lorsque vous travaillez, même si vous n’avez pas de partenaire fixe légalement admis, on vous demande « pourquoi ne pas penser à avoir un enfant vu votre âge?. Ces questions s’appuient sur les critères suivants qu’ils considères objectifs:  vous êtes marié, vous travaillez , donc vous pouvez vous le permettre. Cela sous tend que  tout le monde est d’avis qu’avoir un ou des enfants exige les moyens nécessaires pour faire face à une telle décision. Si on note que souvent, pour ces catégories, recourir à l’avortement est relativement rare est-ce une raison suffisante pour ne pas pouvoir décider de ne pas avoir d’enfants?

Pour les personnes en couple la femme peut même perdre confiance, car elle besoin de l’enfant comme garantie pour demeurer dans la famille. Nonobstant cela,  il y a toujours un motif  d’avortement : et s’ils se sentent trop fatigués? Et quand la femme professionnelle ne veut plus ou pas avoir d’enfants, peut-on dire qu’elle fait un avortement  » non justifié »?

Il y a d’autres catégories qui sont particulièrement touchées par les conséquences du projet de loi: pouvons-nous demander à une femme enceinte d’un homme qui n’assume pas l’enfant, n’entend pas être dans sa vie de ne pas avorter? Pouvons-nous aussi demander à une femme scolarisée d’arrêter ses études à cause d’une grossesse? Tout simplement, une personne ne peut-elle pas décider de ne pas avoir d’enfant-s?

Ce projet de loi sur la pénalisation de l’avortement, s’il est adopté, qu’est-ce qu’il signifiera pour les femmes qui meurent parce qu’elles avortent dans de mauvaises conditions en cachette? Existe-t-il d’autres politiques conçues pour accompagner les naissances? Que pouvons-nous dire de la politique d’emploi? Les politiques sociales (mais pas sporadiques, pas  une bonne décision dictée par la sensibilité de chacun)?

Et je pose également une autre question sur les problèmes de santé mentale dont on parle beaucoup en ce moment: sur quelle base condamnez-vous un enfant à grandir avec un parent pendant que vous stigmatisez  les familles monoparentales? alors que vous soulignez tous les déséquilibres liés au manque affectif causé par l’absence de l’un des parents? Que faites-vous des droits humains? Ne pensez vous pas que tout le monde a le droit de décider de ce qui peut l’aider ou l’empêcher d’aller de l’avant?

J’aimerais enfin rappeler aux législateurs, qu’un enfant ne se limite pas la conception et la grossesse qui dure neuf (9) mois ou 40 semaines. C’est un contrat qui dure au moins 20 ans pour les père (quand il y a un père) et mère. Mais en Haïti, la plupart des femmes sont toutes seules, sans aucune aide qu’elles soient de l’Etat, des réseaux ou parents? De plus, on n’est pas forcement en capacité d’élever un enfant (délinquance juvénile).

Nous devons également penser aux impacts que nos lois peuvent avoir sur d’autres politiques publiques. Nous devons également voir quelles politiques doivent venir en premier, en même temps ou après que certains problèmes soient déjà résolus.

Je ne pose même pas la question de la laïcité, qui semble prendre un coup  par les décisions qui ne nuancent pas mais posent les choses en noir et blanc.

Si ce projet de loi passe, j’ai bien peur que le danger lié aux décès causés par les avortements clandestins persiste. Si cette question n’est pas traitée avec soin, tolérance et recul,  nous aurons besoin de beaucoup de temps, d’alliances politiques et d’énergie pour un autre plaidoyer pendant que nous continuons à voir mourir les femmes haïtiennes tandis que d’autres ne pourront pas poursuivre leurs rêves.

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