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Edith Lataillade : grande artiste et dame de cœur

Une femme au parcours exceptionnel. Grande philanthrope, très jeune elle a appris le sens du partage, pour elle, le bénévolat est plus qu’un devoir citoyen, c’est un sacerdoce. Cette grande dame haïtienne est une professionnelle avertie et une artiste dans l’âme. Retrouvez ci-après, un voyage à travers certains grands points qui ont marqué sa vie.

Âgée de 84 ans, Édith Lataillade est née à Port-au-Prince. Descendante d’une lignée d’écrivains de Jérémie, elle a trois filles, sept petits enfants et deux arrière-petites-filles. Elle a fait ses études chez les sœurs de Sainte Rose de Lima. Par la suite, elle a vécu pendant un certain temps aux États-Unis, puis à Londres.

Elle a une licence en économie et est diplômée en démographie

L’Institut des Hautes Études Commerciale Économique (IHEC). Au départ, elle voulait étudier l’art, précisément la peinture, la sculpture et le dessin. Il était impossible pour elle de réaliser ce rêve à ce moment-là, pour la simple et bonne raison que son père Roland Lataillade, sous-secrétaire d’État de l’Intérieur sous le gouvernement du Président Magloire, ne voyait pas cela d’un bon œil. Donc, elle a dû opter pour des études en économie. Parallèlement, elle a quand même fait ce qui faisait battre son cœur, la peinture,  avec bien entendu l’aide d’autres peintres parmi lesquels Rose-Marie Deruisseaux. Elle a beaucoup voyagé dans le cadre de missions à l’étranger en Asie et notamment aux Philippines, aux Antilles, au Mexique, au Chili, à la Tunisie, au Maroc, au Rwanda…

Madame Édith Lataillade a un parcours que l’on peut qualifier d’atypique. Femme de cœur, professionnelle avisée, artiste dans l’âme. Durant toute sa vie elle n’a rien laissé au hasard, jamais elle n’a laissé passer les opportunités qui se présentaient devant elle. Au point que certains lui disaient qu’elle s’éparpille. Elle, de son côté,  répondait avec cette phrase que lui répétait souvent son père : « la vie c’est comme un diamant plus elle a de facettes, plus elle est belle ».

-Son parcours professionnel

Ses premiers pas en tant que professionnelle, elle les a faits au Centre d’hygiène familiale dirigé à l’époque par le Dr Ary Bordes. Elle avait pour tâche d’illustrer des livres éducatifs. Elle nous a, entre autres, fait part d’une anecdote assez intéressante et de surcroit qu’elle adore. Il s’agit de son premier salaire, qui était de 300 gourdes par mois. Elle explique qu’elle a été un tantinet déçue, puisque cette somme était trop peu. À ce sujet, son père étant en exil dans la même période que le président Magloire, lui a déclaré :  » Mais c’est toi qui aurais dû payer le Dr Bordes, l’Université nous apprend à apprendre, tu n’as jamais travaillé donc tu ne sais pas travailler ». Ce conseil lui a permis plus tard de poursuivre ses expériences professionnelles surtout au sein des Nations-Unies.

À l’époque, elle a participé au grand projet du Dr Ary Bordes que l’on appelait  » le Projet triangulaire qui partait dit-elle, de Port-au-Prince vers Fonds Parisien et Thomazeau. Elle dit ne rien regretter, que c’était une très belle expérience.

Ensuite, elle a été invitée par le gouvernement anglais à un stage sur la communication appliquée avec la BBC pendant une année. Son expérience avec le Dr Ary Bordes lui avait facilité la tâche, elle avait acquis une compréhension de l’image des personnes illéttrées. Elle a écrit un article paru dans un journal américain « Salubritas », spécialisé sur la question de Santé Publique. Elle a dans le même temps travaillé avec  » International Planned Federation Parenthood (IPPF Londres).

Très intéressée à la question de population lorsqu’elle a quitté Londres, de retour au pays, elle a travaillé aux Nations-Unies, elle a du coup, intégrer en Haïti pour la première fois le bureau du Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA). À cette époque il n’y avait que trois employés, elle, sa secrétaire et un chauffeur. C’est le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) qui se chargeait de la comptabilité
et pendant 25 ans elle a travaillé à cette institution internationale.

Son aventure professionnelle ne faisait que commencer,  lorsqu’elle a su que le PNUD devait lancer un programme éducatif, elle a offert son aide au représentant, après avoir jugé que ce qu’elle faisait à l’UNFPA répondait au critère du nouveau projet. Au final, pendant cinq ans, sous sa supervision a eu lieu l’Université d’été à l’intention des normaliens. Par conséquent, elle a pu introduire la question du planning familial au sein des écoles. Le hic, c’est que cette idée que l’on aurait qualifiée d’innovatrice à l’époque, s’était avérée prématurée et même infructueuse. Car les parents à l’époque n’appréciaient guère l’éducation sexuelle et ignoraient du coup le bien-fondé d’une telle démarche.

Son expérience au fil des années a été diversifiée et très enrichissante. Du domaine de la santé, du développement, concernant aussi l’évolution de la femme, mais surtout la population. Son travail consistait à créer des images que devraient déchiffrer les membres de la population rurale. Elle a également, avec l’aide de Raphaël Stines, réalisé un mini film sur la famille, qui une fois prête la projection a eu lieu en plein air à la satisfaction des spectateurs. En plus de cela, la partie la plus intéressante pour elle était les pièces de théâtres, dont les paysans interprêtaient  eux-mêmes les personnages. « Étonnamment, cela a eu un gros impact sur eux puisqu’ils ont pu mieux se reconnaître l’un l’autre, » se réjouit-elle.

-Le volontariat et le bénévolat, une vocation de vie

Pour elle, le volontariat est un devoir citoyen, tout le monde devrait en faire. Tout comme elle en a fait en dehors de ses occupations professionnelles et continue d’en faire.

Spécialiste de femmes et développement, elle a apporté son support à l’organisation de femmes en démocratie.

Lorsqu’elle a intégré la Croix Rouge Haïtienne en tant que bénévole, c’était grâce à sa mère qui était donneuse de sang. « Don de sang, don de vie » lui disait-elle. Ainsi, elle y a passé 40 ans. Elle a aussi été la vice-présidente de cette institution.

Sa contribution sociale se situe également à travers l’idée géniale d’ouvrir en Haïti  l’association pour la Promotion de la Famille (PROFAMIL) en 1984. Comme elle le faisait si bien, elle allait et frappait à la porte des institutions susceptibles de lui permettre de réaliser ce qu’elle avait en tête, toujours au bénéfice de la population. C’est alors, qu’elle aborda la question avec l’un des cadres de l’IPPF New York. La PROFAMIL a donc vu le jour pour intervenir dans les domaines tel que la santé de la population, particulièrement chez les femmes et les enfants. Elle apporte aussi des conseils sur la santé sexuelle et la reproduction diversifiée.

Membre fondatrice du club Soroptimist international, en Haïti depuis 19 ans. 
Cette année elle a été honorée par le Soroptimist international avec le titre de « Soroptimist exemplaire » un certificat lui a été délivré.
Grâce à ce club, elle apporte le sourire aux lèvres des particuliers ou d’institution communale, renforce la capacité des femmes etc. Tout récemment, le club Soroptimist de Suisse lui avait offert 8 milles dollars HT à l’intention de la Healing Hands for Haïti.

Parlant justement de cette dernière, la Healing Hands for Haïti a reçu et continue encore de recevoir sa contribution. En prévention à la Covid-19, elle a fait don d’un tas de cache-nez, il y a quelques mois de ceux-là. Les bénéfices de son livre « La colère de la terre » relatant le vécu du tremblement de terre ont été au profit de cette institution à travers leur programme  » Une jambe pour les femmes amputées du séisme du 12 janvier 2010″.

-Son univers créatif

En tant qu’auteure, elle s’adonne surtout aux « mémoires historiques ». Elle adore conter les événements qui ont marqué la vie des autres. L’impact qu’une situation donnée a pu avoir sur des catégories de personnes. Elle écrit surtout la situation des femmes, l’information, l’éducation, etc. Elle a au total 7 livres à son palmarès. Le Manuel d’introduction en éducation sanitaire (en collaboration avec le Dr Laurent Eustache), Centre d’hygiène familiale, 1976. Souvenirs imparfaits ou coin de mémoire. Les yeux du chat qui a gagné le prix Deschamps de 2001. La colère de la terre pour éviter l’oubli. Le dernier fil ou Les sanctions au quotidien, Imprimerie Deschamps, 1998, un livre sur la période de l’embargo. Les leçons apprises, récit, Imprimerie Deschamps. L’empreinte des semelles accusatrices, récit, Imprimerie Deschamps, 2008.

Outre l’écriture, Mme Édith Lataillade fait de la peinture. Petite, elle avait reçu une trousse de crayon couleur au jardin d’enfant que son grand oncle lui avait offert. Ce cadeau pourtant bien simple l’a un peu émoustillée selon ce qu’elle a raconté. Son père n’a pas voulu qu’elle fréquente une école d’art, par contre il ne lui a jamais refusé les matériels d’artiste ( livres, pinçeaux, canevas, papiers etc). Ses tableaux sont vendus en Haïti et à l’étranger, elle a participé à beaucoup d’expositions.

L’artiste peintre douée de sensibilité mais aussi de bon sens, dénonce le phénomène d’acculturation auquel s’adonne ses compatriotes depuis des lustres. Selon elle, un peuple doit s’accepter tel qu’il est et ne doit pas chercher à ressembler aux autres.

Du haut de ses 84 ans, Édith Lataillade n’est pas prête de prendre sa retraite. Elle a encore 3 projets en cours de réalisation. D’abord, elle travaille sur une étude comparative des femmes dans les religions en Haïti. Ensuite, sur un projet d’album photos d’enfants en noir et blanc, qu’elle avait prise lorsqu’elle travaillait en province. Et pour finir, son troisième projet consiste en la rédaction d’un livre sur l’atmosphère de sa vie, sa famille et son environnement en général.

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