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Quand une artiste du Canada peint Haïti sans y avoir mis les pieds

Elle s’appelle Lauréna Finéus. Elle est née au Canada, y a grandi et a été élevée par sa grand-mère et sa mère qui sont toutes deux Haïtiennes. D’Haïti, elle ne sait absolument rien sinon ce que lui ont raconté ces deux femmes. Pourtant, au cours d’une exposition présentée au début du mois de mars 2020, elle a présenté des tableaux qui évoquent quasi-fidèlement des réalités du terroir haïtien.

Ayant laissé le pays vers les années 70, la grand-mère de Lauréna a par la suite facilité la rentrée en terre canadienne de ses enfants qu’elle avait dû laisser en Haïti. Par elle, Lauréna a su faire corps avec la culture, et la vraie histoire d’Haïti, jusqu’à se défaire de certaines représentations qui persistent dans l’opinion publique au Canada en rapport à sa terre d’origine.

Craignant le désaveu de sa grand-mère et de toute sa tribu qui ont consenti tant de sacrifices pour l’intégrer dans la communauté canadienne, il a été difficile pour Lauréna de leur annoncer son désir, et sa décision de faire des études dans les arts visuels. Contre toute attente, elle a été bien au contraire encouragée par sa mère et sa grand-mère.

Dans le courant du mois de mars 2020, alors que le monde était en proie à la crise sanitaire, Lauréna présentait sa première exposition solo à la Galerie 115 de l’Université d’Ottawa. Titrée « Mise à nue forcée » , cette exposition était inspirée par un extrait de Failles, de l’écrivaine Haïtienne Yanick Lahens. Dans ce passage, l’auteure traite du séisme qui a tué 300 000 personnes le 12 janvier 2010 et qui a défiguré la ville de Port-au-Prince ; elle y critique la façon dont les médias ont dépeint la catastrophe en faisant défiler des images de carnage et de corps dénudés.

Par son exposition, l’artiste a voulu montrer une autre Haïti, une Haïti différente que celle qu’on présente assez souvent dans les médias. « Il y a toujours eu cette conception qu’Haïti est une république de sauvages car ce pays a été la première république noire; ce fut le premier peuple d’esclaves à s’affranchir de l’esclavage », explique Laurena. « J’ai donc nommé mon exposition ainsi parce que c’était une façon pour moi de faire une mise à nue d’Haïti, de présenter le pays de façon plus vaste et dynamique. Je vais à l’encontre des idées reçues pour présenter non seulement l’histoire et la riche culture du pays, mais aussi ce qu’Haïti représente pour moi. »

En plus des témoignages de sa grand-mère, Lauréna s’est inspirée pour son travail, d’images d’archives, de documentaires sur Haïti et la diaspora haïtienne, mais aussi de photos grappillées dans ses albums de famille. Parmi ses tableaux, on retrouve « if i Was president », « Papa machete », pour ne citer que ceux-là.

C ‘est décidément à un voyage dans une autre dimension en Haïti que l’artiste semble nous inviter tous.

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