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Une double lutte pour les femmes handicapées en Haïti

Quand on est femme en Haïti, la vie ne vous fait pas de cadeau, il faut être une battante et très déterminée pour pouvoir vous en sortir. Mais quand au statut de femme vient s’ajouter celui de handicapée, alors il faut lutter doublement.

S’il est vrai qu’il y ait une lutte incessante pour l’émancipation des femmes haïtiennes, le cas de celles vivant avec un handicap physique ou mental n’y est pas forcément lié. En effet, elle ne prend pas en compte la spécificité des besoins de la femme handicapée. Entre l’éducation inadaptée, les discriminations, les stigmatisations et l’inaccessibilité aux différents services de base du pays, les femmes vivant avec un handicap, sont doublement marginalisées. Généralement aux chômages, La plupart d’entre elles dépendent d’un proche. 

Hannah*, chef d’une famille de quatre enfants nous raconte: «  j’ai perdu mon pied dans le catastrophe du douze (12) janvier. Avant cette tragédie, je travaillais comme ménagère dans une université de la capitale.  Depuis, ma vie a changé, j’ai beaucoup souffert. Lorsqu’on m’a trouvé une prothèse adaptée, j’ai commencé à vendre quelques articles de première nécessité mais c’est juste pour tuer le temps, en réalité ce sont mes filles et quelques proches parents qui prennent soin de moi ».

Des femmes comme Hannah, on en rencontre partout dans le pays. Livrée à elles-mêmes certaines d’entre elles sont devenues des proies faciles et sont victimes des actes de violences de la part de leur proche.  C’est le cas de Nadège* une jeune femme de 30 ans qui a été régulièrement battue et maltraitée par son mari pendant plus de cinq ans. «  Il voulait que j’accepte son infidélité sans me plaindre. Si j’ose riposter il me frappait. Je n’avais plus aucun respect dans le quartier, j’étais la risée de tout le monde, la cocue bien connue. Comme si le fait d’être handicapée me privait de ma dignité» nous a-t-elle confié les larmes aux yeux.

D’un autre coté la lutte pour les personnes à  mobilité réduite ne profite pas trop à cette catégorie de femmes. La création du Bureau de la Secrétarerie d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées (BSEIPH) en 2007, qui au début était comme une lueur d’espoir, ne leur sont pas d’une grande aide car trop dominée par la gente masculine. 

La création de diverses organisations de femmes handicapées quoiqu’elles soient d’une grande aide dans la lutte pour leurs intégrations, semble insuffisante par rapport à l’ampleur de la lutte. Certaines femmes en ignorent même jusqu’à leur existence.

Tout compte fait, la lutte pour l’émancipation des femmes vivant avec un handicap est d’une trop grande envergure pour être l’apanage de quelques organisations. Il faut lutter pour qu’elles soient une priorité dans les politiques publiques de l’Etat et dans les luttes féministes haïtiennes. Les femmes vivants avec un handicap physique ou mental doivent pouvoir intégrer les différentes sphères de la vie publique et politique sans discriminations aucune sur leurs conditions de femmes handicapées.

* Par souci d’anonymat les prénoms ont été changés.

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