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Crédit photo Dofen News

« Dekò », un spectacle pour la réappropriation du corps des femmes.

Le 7 décembre 2018, à Cool Corner Club, Vanessa Jeudi, Tafa Mi-Soleil, Dana Pierre-Saint, Stéphanie Enauld, et TashaSaint-Fort, ont présenté « Dekò », un spectacle de BossalMizik. Ce fut une représentation lourde en émotions et de sens. La mise en scène a été assurée par la comédienne, GaëlleBien-Aimé. On y mêlait chant, danse, geste, et tambour pour mettre en avant la question de l’émancipation et de la libération du corps des femmes.

Dans une ambiance familière où on se saluait avec des grands coups d’éclat de rires accompagnés d’accolades énergiques, le public de « Dekò » patientait calmement pour que les organisateurs fassent entrer tout le monde dans la salle. Il y avait un peu de retard, mais cela ne semblait pas trop les déranger, car il avait l’occasion de discuter un peu avant le lever du rideau. Durant toute la représentation, les gens étaient à l’affut du moindre geste, et de la moindre parole des artistes. Leurs yeux étaient rivés sur la scène, buvant presque toutes les émotions et les sensations qui traversaient le corps et la voix des chanteuses et des danseuses.

Dans un contexte où les Organisations internationales ou nationales sont focus sur les violences physiques et mentales sur les femmes et les filles dans le cadre de la lutte pour le respect des droits de la femme en Haïti; Vanessa Jeudi (Chanteuse), Tafa Mi-Soleil (Chanteuse), Dana Pierre-Saint (Chanteuse), Stéphanie Enauld (Chorégraphe), et Tasha Saint-Fort (Chanteuse), avec pour metteuse en scène Gaëlle Bien-Aimé (comédienne), ont utilisé le spectacle de « Dekò », une production de Bossal Mizik, le 7 décembre 2018, pour tenter de mettre sur les feux des projecteurs la vie des : femmes ouvrières, femmes paysannes, Madan Sara, Machann manje kwit, lavandières ou servantes.

Ces artistes ont fait le choix à travers leur spectacle de mettre au-devant de la scène une autre réalité, une autre facette ignorée ou méconnue de la souffrance et de la violence que des millions de femmes haïtiennes vivent. Elles ont révélé les différentes formes de violences qui sont occultées –  il y autre que la violence conjugale – par exemple, les violences des agents de la mairie de Port-au-Prince, Delmas ou de Pétion-ville sur les petites commerçantes des rues. Elles ont abordé la question de la femme dominée, exploitée, battue, et qui subit une violence tant que physique qu’économique. Parce que selon Vanessa Jeudi :« la construction de la violence physique envers les femmes comme la seule violence, rend invisible les violences économiques de la société capitaliste. »

Ces femmes dont les artistes mimaient la vie sur scène, souffrent d’une aliénation si bien ancrée en elles, qu’elles en viennent à posséder deux corps. Celui avec qui elles sont nées et celui que la société capitaliste leur a donnée à travers l’exploitation, par un travail exercé dans de mauvaises conditions et sous-payé. Ajouter à cela, il ne faut pas oublier que dans la société haïtienne les femmes qui travaillent sont généralement aussi responsables de la maison, des enfants, et du plaisir sexuel de leur mari. Une double charge, où elles doivent se démener dans la rue et à la maison. Le concept en sociologie de « charge mentale », explique bien ce que représente, généralement, la gestion du foyer au quotidien. C’est une préoccupation spécifique aux femmes et qui accentue les inégalités de genre.

Vanessa Jeudi se dit satisfaite globalement de la représentation du spectacle. Quant aux différentes artistes qui l’accompagnaient sur scène, elle a déclaré être grandement comblée. Parce qu’elles ont toutdonné pour comprendre la violence que ces femmes subissent et l’exprimer à travers leurs corps et leurs voix. Et une bonne nouvelle pour ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’y assister le 7 décembre dernier. Dans une notre de remerciement a leurs principaux collaborateurs/trices qui ont contribué à rendre « Dekò » possible, Bosal Mizik a annoncé que le spectacle sera repris plusieurs fois dans l’année qui va suivre et dans les quatre coins du pays.

« Dekò », un spectacle pour la réappropriation des corps de femmes, est un projet féministe, engagé qui est à revoir ou à découvrir. Cette citation de Marguerite Yourcenar dans Les mémoires d’Hadrien (1951) illustre très bien ce que ressentent ces femmes doublement exploitées que les artistes de « Dekò » voulaient danser et chanter leur vie : « ce matin l’idée m’est venue pour la première fois, que mon corps, ce fidèle compagnon, cet ami plus sûr, mieux connut de moi que mon âme, n’est qu’un monstre sournois qui finira par dévorer son maître. »

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