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ARMAN ZHENIKEYEV VIA GETTY IMAGES Les putes meurent de faim. Nous n’avons plus de quoi payer notre loyer. Nous sommes chassées des hôtels où nous logeons. Nos droits fondamentaux sont bafoués. Nos conditions de vie profondément détériorées. (image d'illustration)

Je suis travailleuse du sexe et le confinement me plonge dans la précarité

Je ne dispose pas du statut légal me permettant de prétendre aux aides proposées par l’État. C’est comme si je n’existais plus. Par Amar Protesta, Contributeur Travailleuse du sexe. Cet article a été publié sur la plateforme HuffPost Contributor https://www.huffingtonpost.fr/entry/je-suis-travailleuse-du-sexe-et-le-confinement-me-plonge-dans-la-precarite-blog_fr_5e79f219c5b63c3b6497342d?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

BLOG – J’en avais le net pressentiment: le samedi soir du 14 mars serait mon dernier soir de travail. Mes clients, eux aussi, s’en doutaient: nous ne nous verrons plus avant un long moment. Il y a dans les rues une ambiance singulière: au croisement d’une morosité pesante et d’un enthousiasme suspect. Pour autant, je ne m’étais pas préparée à l’onde de choc provoquée par l’allocution d’Emmanuel Macron, quelques jours plus tard: le chef de l’État, qui annonçait les mesures de confinement auxquelles nous devions nous plier afin de limiter la propagation du virus, assurait sa protection aux entreprises et salarié.e.s. Mais il ne faisait pas allusion aux autres catégories de travailleurs et travailleuses que ce confinement allait drastiquement précariser. 

Bien sûr, je ne m’attendais pas à ce que le gouvernement mentionne, même d’une manière informelle, les vécus et expériences possibles des travailleuses du sexe dans ce contexte. Je commence à avoir l’habitude: les voix et corps des putes sont systématiquement étouffées. 

Même lorsque nous nous mobilisons pour alerter la classe politique sur des conditions d’exercice du travail sexuel de plus en plus dangereuses, celle-ci nous ignore.

Travailleuse fantôme

Cette fois-ci, il me semblait que cela prenait une autre ampleur: l’exclusion notoire des travailleurs et travailleuses du sexe des discours de prévention inaugurait une période sinistre. Je suis prise d’un vertige. Et mesure peu à peu les conséquences. Impossible de prendre à nouveau des clients. Impossible donc d’avoir un quelconque revenu. Je ne dispose pas du statut légal me permettant de prétendre aux aides proposées par l’État. C’est comme si je n’existais plus. Je me répétais: je suis une travailleuse fantôme. Mon corps n’aurait-il aucune valeur politique et sociale? 

Nous avons pourtant hurlé “Sex work is work” dans les manifestations. L’État n’a visiblement rien entendu. Face à ce qui me semble être une impasse, j’ai décidé d’enfreindre la règle que je m’étais fixée en tout premier lieu (pas de prise de risque au détriment de ma santé ou de ma sécurité) et j’ai regardé les éventuelles sollicitations de mes clients par mail. J’avais quelques propositions de rencontre, toutes risquées: on me demandait pour la moitié du tarif habituel des prestations sans préservatif, ou des rencontres d’une quinzaine de minutes dans des quartiers éloignés du mien. En période de crise, les clients qui nous sollicitent sont des potentiels agresseurs. Si j’avais accepté de travailler, c’était donc au péril de ma vie. Je me suis ravisée. La seule alternative – qui elle aussi, n’est pas sans risques – est de travailler virtuellement. 

Une crise sans précédent

Nous sommes dans une situation rêvée pour les féministes abolitionnistes: l’arrêt complet et forcé de tout travail sexuel. Et que pouvons-nous en tirer? Les putes meurent de faim. Nous n’avons plus de quoi payer notre loyer. Nous sommes chassées des hôtels où nous logeons. Nos droits fondamentaux sont bafoués. Nos conditions de vie profondément détériorées. Les travailleuses du sexe migrantes et transgenres, qui sont en première ligne, font face à une crise sans précédent. Face à l’urgence sanitaire que nous traversons, la réponse à leur égard est définitivement sécuritaire, oppressive et stigmatisante. Voici le rêve abolitionniste: les femmes déjà précarisées par des lois oppressives sont dénuées de tout moyen de subsistance. 

Lorsque j’ai lu dans certains médias qu’une travailleuse du sexe avait été arrêtée et contrôlée positive au coronavirus, j’ai été révoltée. Le ton de l’article laissait entendre – sans surprise, puisque cela est désormais bien ancré dans l’imaginaire collectif – que la “prostituée” était une figure sociale contaminante, alors même que nous sommes expertes en termes de prévention des risques. Le confinement entraîne un contrôle plus strict du corps des travailleuses du sexe et, finalement, de criminalise leur profession.

Le nom d’utilisateur de l’autrice de cette tribune a été modifié à sa demande.

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