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La pénalisation de l’avortement : un sacrifice de femmes qu’il faut arrêter.

Le débat sur l’avortement est aussi ancien que l’avortement lui-même. C’est également un sujet très controversé, qui a donné lieu à divers mouvements de protestations un peu partout dans le monde. Loin d’être un débat strictement féminin, le débat sur l’avortement interpelle tout le monde. Qui que vous soyez, d’où que vous venez, vous avez une position sur l’avortement.

La prohibition de l’avortement contraint les femmes à se faire avorter dans la clandestinité, du coup elles sont exposées à toutes sortes de risques. En effet beaucoup de femmes perdent la vie, suite à une complication post-abortifs. A l’approche de la journée mondiale du droit à l’avortement, divers personnages dont des militantes féministes ont levé la voix pour dire non à la pénalisation de l’avortement.

Défini comme interruption volontaire de la grossesse, l’avortement provoqué est considéré comme un crime passible d’emprisonnement et de travaux forcés en Haïti. Cette situation contraint les femmes à se faire avorter dans des conditions inhumaines, parfois sans aucune assistance médicale. En 2017, le rapport EMMUS VI a révélé que quatre (4) femmes sur 100 ont reconnu avoir eu un avortement. Ce rapport montre également que 33% de celles qui ont avorté ont eu des problèmes post-abortifs. De ces avortements mal réalisés ou incomplètes, les femmes en ressortent avec des complications sévères, occasionnant souvent la mort. Ce qui fait que l’avortement soit placé au rang des premières causes de mortalité maternelle en Haïti.

Ils sont partout les centres médicaux où l’on pratique l’avortement en Haïti. Au centre-ville de Port-au-Prince, à quelques mètres de l’hôpital de l’université d’État d’Haïti (HUEH) ; des femmes et surtout des jeunes (souvent des adolescentes) viennent se faire avorter. Silencieuses, la peur au visage, elles sont là. Elles attendent que la porte bleue au bout du couloir se referme derrière elles. Même si elles doutent d’en ressortir vivantes et que celles qui en ressortent, sont quasiment invalide. Ces femmes ne bronchent point et sont prêtes à affronter l’enfer pourvu qu’elles ne gardent pas cet enfant non – désiré. 

Si certaines d’entre elles ont une assistance médicale, d’autres sont assistées par des amis, ou le font toutes seules. Sarah a 23 ans, elle va à l’école secondaire et est encore à la solde de ses parents. « Je n’avais pas les moyens de me rendre à l’hôpital, mon copain m’a donné des comprimés, je me suis débrouillée toute seule, j’ai failli y laisser la vie, des restes sont restés en moi. Si j’avais trouvé un bon médecin cela aurait pu être autrement ».

Comme Sarah, beaucoup de femmes se lancent seules ou très mal accompagnées dans cette aventure. Le caractère illégal de l’avortement les contraint à risquer leurs vies, un peu plus chaque jour. Et, pour Pascale SOLAGES, une militante féministe, c’est une violation des droits les plus fondamentales de la femme. Une violation de leur droit à la vie. Personne ne peut contraindre une femme à porter un enfant qu’elle ne veut pas garder. Peut importe les peines, les sanctions sociales, si une femme ne veut pas d’un enfant, elle ne le gardera pas. Les femmes sont libres de disposer de leur corps, a-t-elle déclaré.

Jean-Robert, chef d’une famille de quatre enfants, croit que l’avortement ne devrait pas être sanctionné. Lorsque sa femme lui a annoncé une nouvelle grossesse, ils avaient choisi l’avortement, d’après lui il n’avait pas les moyens de prendre soin d’un cinquième enfant. « Je me débrouille dans le transport en commun. La petite camionnette que je loue ne peut pas tout faire. L’Etat se fiche de la population, nous sommes livrés à nous même. L’Etat n’a pas le droit de nous forcer à garder un enfant pour lequel nous ne sommes pas préparés, ce n’est pas lui qui va l’élever et prendre soin de lui, c’est nous » a-t-il confié avec une teinte de colère dans la voix.

Selon le rapport de l’enquête mortalité, morbidité et utilisations des services (EMMUS V), l’avortement est la troisième cause de mortalité maternelle en Haïti. Malgré tout, les procédures pour la dépénalisation de l’avortement tardent encore. Combien de femmes doivent encore mourir, avant que les autorités sanitaires et législatives soient conscientes de cette triste réalité ? Combien de luttes et de combats avant que cessent le sacrifice des femmes haïtiennes ?  Aujourd’hui plus qu’une demande, la lutte pour la dépénalisation de l’avortement est un cri de désespoir, un S.O.S lancé aux responsables du pays, afin de protéger la vie des femmes. Sauraient-ils entendre raison ?

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