Le Journalisme : les coulisses d’un métier fragile et précaire en Haïti

Pratiquer le journalisme se révèle être un acte de foi si l’on veut rester éthique. Les mauvaises conditions de travail, la pression exercée sur la liberté de la presse, un environnement pollué par la corruption sont, entre autres, comme des gouttelettes d’eau dans un océan de problèmes qui enfoncent ce métier dans un cercle vicieux de fragilité et de précarité.

« J’ai passé 3 niveaux de salaire là où je travaille. J’ai intégré le média sans y effectuer un travail fixe, on me donnait 15 mille gourdes (140.18 €) par mois ; après être devenue présentatrice à la radio ainsi qu’à la Télé et animatrice d’autres émissions en même temps, on me donnait 20 mille gourdes (186.91€). J’avais ce salaire durant 2 ans. Après quelques années, on l’a augmenté de 5 mille gourdes (46.72€). Je ne reçois pas mon salaire à temps et c’est ce qui est dur pour moi. En tant que mère célibataire de 3 enfants, je n’en peux plus ! » Nous confie Marlène Pierre (nom d’emprunt), une journaliste de 28 ans qui exerce le métier depuis environ 6 ans qui souhaite rester dans l’anonymat.

En Haïti, le journalisme est, d’une certaine manière, comme un métier sacerdotal. Les journalistes sont sous-payés et ne bénéficient d’aucune assistance sociale. À l’instar de tant d’autres métiers, il est tributaire de la situation socio-économique précaire du pays. Des journalistes sont souvent la cible de multiples formes de violences dans l’exercice du métier ; il y a le manque de contrôle traduit par l’absence d’un vrai regard régulateur ; ils sont rares les écoles qui offrent une formation en journalisme standard. Les tares de la corporation journalistique sont pluridimensionnelles en Haïti.

Des journalistes lors d’une conférence de presse

Mauvaises conditions de travail et désavantage salarial

Les conditions de travail sont très critiques. Des matériels indispensables à la réalisation d’une tâche journalistique sont parfois absents ou achetés par le journaliste lui-même. Quelques fois, certains salaires leur permettent juste de supporter les frais du transport public. « Je gagnais 3 mille gourdes (71.47 USD) en 2012 (taux : 41.97 en 2012) en tant que journaliste professionnelle », déclare Falande Delphin, journaliste depuis environ 7 ans.

Sur une période de 4 ans à exercer le métier de journaliste dans un média en Haïti, son salaire est passé de 3 mille gourdes (71.74) à 12 mille-cinq-cent-soixante-neuf gourdes (299.47 USD). Cette professionnelle de la presse ne pouvait pas subvenir à ses besoins et ceux de sa famille, car, dit-elle, 80% de ce revenu était dépensé seulement en transport public.

Tandis que le journalisme aurait dû être perçu comme un métier de la classe moyenne, il ne fait que mettre ses pratiquants dans une situation de précarité telle, qu’ils ne sont même pas en mesure de s’assurer le strict minimum.C’est évident que certains journalistes ne sont pas capables de profiter de certains loisirs, éléments combien importants dans le processus de reproduction. « A l’époque, Je nourrissais l’idée d’intégrer un club de sport, mais c’était impossible puisque ce que je gagnais ne pouvait même pas répondre à mes besoins primaires. Encore moins, penser à m’acheter une maison ou une voiture, car ce salaire ne m’autorisait pas à faire des prêts à la banque »poursuit-elle, sur un ton désabusé.

« Les éternels stagiaires »C’est le qualificatif que donne Obed Lamy, éditeur en chef de Enfositwayen, à ces jeunes retenus pendant longtemps dans les médias avec un statut de stagiaire.

Certains pensent que le salaire adéquat dépend de plusieurs paramètres qui ne sont pas toujours favorables à tous les niveaux pour tous les médias. Des aspects comme la durée d’existence du média, ses positions géographiques et autres sont à prendre en compte. Frantz Duval, Directeur Général de Radio Magic 9, abonde dans ce sens.

Pour pratiquer ce métier qui requiert beaucoup de déplacements, certains médias n’assurent pas les moyens de transport. Ils ne donnent pas non plus des matériels de travail. Ce sont les journalistes qui parfois consentent des sacrifices énormes pour payer le transport public, acheter leur stylo, calepin et magnétophone. Cet aspect du problème y est à nu : « Il y a des journalistes que je connaisse, c’est à eux d’acheter leurs matériels de travail. Aussi, ils n’ont pas de moyen de locomotion, ils ont la responsabilité de payer le transport pour aller couvrir les évènements. Quand ils n’ont pas d’argent, ils marchent pendant des kilomètres pour arriver à leur conférence de presse », confie Falande Delphin.

D’autre part, dans les manifestations de rue qui, certaines fois, se transforment en de vastes scènes de violence, il y a des journalistes qui n’ont pas à leur disposition un casque de protection, encore moins un gilet par balle. Que très peu de journalistes peuvent se les procurer avec leur propre moyen. En cas d’accidents sur le lieu de travail, presque pas d’infirmerie pour les premiers soins, pas d’avantages sociaux : assurances vie et santé. Pas de prestation de retraite, ni de plan de carrière.

A ce sujet, Falande Delphin pense que la situation des journalistes s’apparente à de « l’exploitation ». Selon elle, beaucoup de travailleurs de la presse se sacrifient pour être ensuite traités très mal par leur patron. « Ce n’est pas normal d’exercer un métier aussi risqué sans aucun avantage social », déclare-t-elle.

Lors d’une manifestation à Port-au-Prince

Pour la question de salaire, selon plusieurs responsables des Ressources Humaines de plusieurs médias en Haïti, voici la grille salariale mensuelle de la majorité des journalistes haïtiens : Un pigiste dans un journal gagne environ 1000 gourdes (10.75 USD ; 9.34 €) par article, à raison de 2 ou 3 articles par semaine ou plus. Ce qui fait environ 8 à 12 mille gourdes ou plus par mois. (86.02 à 129.03 USD ; 74.76 à 112.14 €).

Un reporter gagne en moyenne 5 mille à 15 mille gourdes (53.76 à 161.29 USD ; 46.72 à 140.18 €), mais très peu de médias fortunés offrent au maximum 25 à 30 mille gourdes (268.82 à 322.58 USD ; 233.64 à 280.37 €) à leurs plus anciens reporters.

Un présentateur reçoit entre 20 à 25 mille gourdes (215.05 à 268.82 USD ; 186.91 à 233.64 €). On constate qu’un journaliste-rédacteur dans un média en Haïti gagne de 15 jusqu’ à 25 mille gourdes (161.29 à 268.82 USD ; 140.18 à 233.64 €) Un rédacteur en chef reçoit 15 à 25 mille gourdes (161.29 à 268.82 USD ; 140.18 à 233.64 €) et le directeur de l’information gagne quant à lui, entre 40 à 75 mille gourdes (430.11 à 806.45 USD ; 373.83 à 700.93 €).

Pour l’aspect se rapportant au montant qui devrait être payé à un journaliste, Steeve Bazile de l’ancien quotidien « Les Affaires » du Nouvelliste, avance qu’un journaliste en Haïti mériterait au minimum un salaire supérieur ou égal à 1 500 dollars américains (1,283.35 €)  par mois pour un travail à plein temps. Ce qui, selon lui, permettrait d’avoir des conditions de vie plus humaines. « Je me sens frustré à l’idée que ce métier qui me passionne tant, ne me garantit pas le minimum », s’indigne-t-il.

 « Les patrons de médias doivent comprendre que les mauvaises conditions de fonctionnement de leur entreprise les empêchent d’offrir aux journalistes de meilleures conditions de travail. Ce qui fragilise et rend vulnérables ces derniers », déclare Valéry Numa, le journaliste vedette de l’émission Vision 2000 à l’écoute.

Encore sur l’aspect du salaire, le Directeur Général de la radio télé signal, Marcel Joseph, avoue que le salaire ne correspond pas au niveau de vie que les journalistes devraient avoir.

À noter que dans l’article 19 du code de déontologie des médias et journalistes d’Haïti, est mentionné ce qui suit : « En vue de contribuer à assurer ou à valoriser le statut professionnel du journaliste, les responsables des médias devront s’efforcer d’offrir une rémunération permettant aux journalistes de mener une vie digne et décente ».

Cependant, dans un arrêté présidentiel publié dans « Le Moniteur » le 01 novembre 2019, est fixé à 550 gourdes (5.05 €) par jour, à raison de 8 heures de travail par jour, le salaire minimum du secteur des télécommunications dont les journalistes font partie. Alors qu’en réalité, la majorité des journalistes travaille de 9 heures à 19 heures ou plus, ce qui fait environ 10 heures au minimum.

Dans le lot des problèmes relatifs au salaire, il y a les retards de paiement. Il existe certains patrons de média qui paient les journalistes tous les 4 à 5 mois le salaire d’un mois de travail, et parfois, ce qui est plus grave, les congédient sans leur verser ces mois d’arriérés de salaire. Le pire, quand ces derniers réclament leur dû, ces patrons leur demandent de se rendre au Ministère des Affaires Sociales et du travail pour porter plainte.

« Le journaliste se bat pour survivre », Edine Celestin, Directrice Exécutive de Enfositwayen, voit dans la gravité de la situation économique des journalistes une espèce de démarche de survie.

Pour répondre aux mauvaises conditions de travail, le secrétaire général de l’association des journalistes haïtiens (AJH), Jacques Desrosiers les exhorte à se mettre ensemble pour porter et faire respecter leurs revendications. A la question de la peur d’être révoqué, il dit qu’on ne peut pas licencier en bloc des journalistes.

Des journalistes Victimes de Harcèlement

Selon une enquête conjointe réalisée par la Solidarité Fanm Ayisyèn (SOFA) et le Réseau National des Droits Humains (RNDDH), il est mentionné que plus de 63% des femmes de l’administration publique et d’autres secteurs de la vie nationale auraient des relations sexuelles avec leurs supérieurs hiérarchiques pour conserver leur emploi. Ces chiffres montrent implicitement combien intense est le poids du harcèlement sur les femmes, y compris, bien sûr, des femmes journalistes.

En effet, les cas de harcèlement se répètent souvent dans l’exercice du métier de journaliste, surtout à l’égard des femmes. La plupart des patrons de média leur offrent des avantages en échange de faveur sexuelle. Même pour se maintenir dans le poste, certaines sont obligées de coucher avec eux. Elles acceptent par manque d’alternatives, de courage d’aller faire face au chômage. De plus, elles n’osent pas porter plainte au Ministère des Affaires Sociales et du travail par peur d’être mises sur une liste noire sur le marché du travail par leur patron qui pourrait être un magnat de la presse.

Naïka Souffrant, 30 ans, ancienne Miss Vidéomax, est une journaliste présentatrice qui évolue dans le secteur médiatique haïtien depuis environ 12 ans, elle a, maintes fois, été victime de harcèlement sexuel. Elle avoue avoir été la cible d’un patron qui la harcelait. « Mon patron de l’époque prenait le malin plaisir de me convoquer tout le temps à son bureau pour aucune raison valable. À chaque rencontre, il profitait toujours pour embrasser et presser mes mains quand il me parlait. Un jour, il a même osé me dire qu’il a envie de moi. Du coup j’étais obligée de le fuir tout le temps afin d’éviter des problèmes, mais finalement, j’ai dû abandonner mon poste »dit-elle.

Ce qui est réellement grave dans tout ce drame, c’est qu’il y a des directeurs de média qui se font une réputation de Harceleur. Ce cas en dit grand : « Après mes études classiques j’ai été référée à un média où le Directeur était réputé de coureur de jupons, ce qui me poussait à me protéger en l’évitant. Quand il a remarqué mon comportement réservé, il a intimé l’ordre de ne me donner aucun travail à effectuer, jusqu’à ce que je sois partie de mon plein gré. Le jour de mon départ, il a essayé de me parler, puis j’en ai profité pour lui demander pourquoi on refusait de me donner du travail à faire ? Et c’est alors qu’il m’avait reprochée d’être une fille trop sérieuse qui ne voulait pas être proche de lui », explique Rachelle Jacques (nom d’emprunt), l’air vexé, une journaliste  avoisinant la trentaine qui exerce le métier depuis environ 7 ans.

Les mauvaises conditions de vie suscitent la corruption

Se déplacer parfois dans toutes les villes, s’entretenir au quotidien font partie des défis insurmontables pour un journaliste par rapport à l’insignifiance de son salaire et un taux d’inflation qui s’affiche à 19.5%. Une condition de précarité extrême rendant les journalistes très vulnérables face à la corruption. Si Falande Delphin tient à rester honnête, c’est par respect pour sa personne, car sa situation économique ne lui permet pas de mener une vie adéquate et, en plus, elle déclare que les offres de pots-de-vin sont très fréquentes dans ce milieu. Elle trouve très frustrant que des gens lui offrent de l’argent dans le cadre de son travail.

Avec le temps, on a l’impression que ça s’est normalisé. Les pots-de-vin pullulent en échange de réalisation de travaux journalistiques ou de la clémence dans leurs analyses envers l’éventuel corrupteur.

Une situation qui sidère Amos Cincir, 35 ans, journaliste depuis environ 12 ans : « Je me rappelle une fois, nous étions trois journalistes à couvrir une activité dans le Sud-Est du pays. Un d’entre nous, très connu d’un grand média de la capitale a fait du chantage aux organisateurs. Au point même de les menacer en leur exigeant un cachet sinon il ne produira pas de reportage sur le sujet. Ébranlés, les organisateurs étaient obligés de lui donner ce qu’il avait exigé ».

Certains fonctionnaires de l’État et responsables d’activités de presse en Haïti encouragent la corruption dans le secteur en distribuant des enveloppes aux journalistes. « J’exerce le métier de journaliste depuis environ 11 ans en Haïti. Ce qui m’exaspère le plus dans mon travail, c’est quand je suis sur le terrain pour couvrir une conférence de presse et qu’après l’activité, les responsables viennent distribuer à chaque journaliste, des enveloppes qui contiennent, d’après des informations qui circulent, environ 1000 à 1500 gourdes, ce que je refuse toujours car je déteste ça »s’indigne Nadia Jacques, une journaliste d’une trentaine d’années qui réclame l’anonymat.

Pour Nadia, le côté négatif de ces genres de pratiques est le fait que la société généralise en mettant tous les journalistes dans le même panier, puisque certains acceptent sans gêne ces genres de gestes corrompus comme des gratifications.

Aussi, les conditions de travail qu’offrent les médias en Haïti n’encouragent pas la majorité des journalistes à cultiver l’éthique professionnelle dans le métier. Certains disent que leur patron leur demande souvent de se débrouiller au Parlement Haïtien, car ils doivent se considérer chanceux d’être des journalistes affectés à cet endroit.

Une autre facette de la corruption est le fait que les journalistes acceptent ou exigent des frais de la part des particuliers pour venir couvrir leurs événements. Pour Édine Célestin, c’est une pratique anormale qui se normalise depuis quelques temps dans le métier.

Faible régulation du secteur

Selon le Conseil National des Télécommunications (CONATEL), il existerait actuellement en Haïti 116 télévisions, 372 radios FM, 7 radios AM. 90% d’entre elles ont un statut commercial, les 10% restants ont un statut communautaire. D’autre part, notre surprise atteint son comble lorsqu’on apprend qu’il existe plus de 400 radios dénommées « radio-pirate » qui fonctionnent hors du champ de contrôle du CONATEL, étant incapable de les interrompre.

Le code de déontologie des médias et des journalistes d’Haïti, un document contenant un ensemble de règles et de principes régissant la profession du journalisme en Haïti, il a été signé le 8 décembre 2011 par des associations de journalistes et de médias, certains propriétaires de médias et des journalistes reconnus, avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO). Donc l’État haïtien n’avait même pas pris sa totale responsabilité dans la réalisation d’un document aussi crucial pour une saine régulation du secteur.

Pour cet aspect, nous avons sollicité l’analyse du professeur Hérold Toussaint, titulaire de la chaire de Sociologie des Médias à l’Université d’État d’Haïti, qui croit que les médias et le secteur du journalisme font face à plusieurs types de difficultés liées à cette faible régulation du métier par l’État, telles le non-contrôle de la qualité de la  formation qu’on offre dans les écoles de journalisme; l’absence de suivi du Code de Déontologie des Médias et Journalistes d’Haïti par les acteurs concernés.

Dans cette même veine, le journaliste, propriétaire de média, Valéry Numa pense que le Conseil National des Télécommunications (CONATEL), devrait contrôler et régulariser les statuts des médias en Haïti. Pour lui,c’est inacceptable que la majorité d’entre eux ait un statut commercial.

Autre aspect qui cristallise une démission de l’État vis-à-vis des médias est le fait que chaque élu possède un média pour s’assurer une plateforme de propagande. Du coup, il devient difficile à l’État de jouer ses rôles régaliens puisque ce dilemme met en conflit les intérêts d’un patron de média qui est aussi un fonctionnaire d’État. Cette situation ouvre la voie à une infinité de dérives restées impunies. Ce qui affecte la qualité, l’objectivité et la justesse des informations que propagent les médias. Sans oublier que la majorité de la population haïtienne reste circonspecte quant à la probité de la plupart des journalistes.

Dans cette ligne d’idée, le directeur de Radio sans fin (RSF), Yvenert F. Joseph pense que le fait que chaque politique a son organe de presse, représente une menace pour la crédibilité de la presse en général.

Maintes critiques émises à l’endroit de la presse font état d’une irresponsabilité de certains journalistes et de certains médias qui font des entrevues avec des bandits notoires. Nombreux sont ceux qui pensent que ce problème est aussi lié à une absence de régulation de la part de l’État. Écoutons l’entretien d’un journaliste avec un bandit.

La publicité comme vecteur d’abrutissement

C’est vrai que nous sommes dans un marché libre où chaque entrepreneur devrait être en mesure de choisir lui-même, qui payer pour faire la promotion de ses produits, quelles émissions commanditer, à quoi doit être liée l’image de son entreprise. Mais le pouvoir économique est tellement associé à certains leaders politiques, qu’avoir de la publicité en Haïti, en tant que média, devient un choix politique, ou un choix tacite de faire profil bas sur certaines informations. Ce patron qui supporte une idée politique attend souvent une allégeance en retour du média dans lequel il paie pour faire la promotion de son entreprise. 

Ce constat n’est pas différent, pour ne pas dire d’une inélégance flagrante, dans les offres de contrat de publicité des organismes d’État. Rares sont les pouvoirs qui passent en Haïti sans utiliser cet aspect comme un levier pour amener les médias à se transformer en instrument de propagande. Ne parlons pas des médias publics qui sont manifestement utilisés à cet effet.

« Les médias n’ont pas de subvention et dépendent d’un marché de publicité restreint et très politisé » s’exclame Liliane Pierre Paul, journaliste engagée qui a combattu pour la liberté de la presse, victime de prison et d’exil sur le régime dictatorial des Duvalier. Elle pense que l’État devrait réguler ce marché d’une manière à faire en sorte que payer un média pour un espace de publicité n’empiète pas sur la libre expression dudit média.

Des éléments qui entravent la liberté de la presse

Dans les situations politiques corsées qui occasionnent beaucoup de tensions dans le pays, augmentant la température de l’insécurité, les journalistes sont souvent parmi les premiers à sentir les effets.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), au cours des derniers mois de l’année 2019 on compte (5) journalistes intimidés dans le Nord-Ouest, 5 victimes de répression dans le Nord, 3 journalistes victimes de répression dans le Nord-est, 13 journalistes inquiétés dans le département de l’Artibonite, 4 journalistes victimes dans le Plateau Central dont Néhémie Joseph (assassiné), 3 journalistes victimes dans le Sud, 7 journalistes victimes dans l’Ouest, 1 journaliste victime à Miragoâne (Nippes), 3 journalistes agressés à Jacmel (1 hospitalisé). L’atteinte à la sécurité du travail des journalistes est donc répandue sur tout le territoire national.

En fait, les années 2018 et 2019 étaient empreintes d’intenses turpitudes socio-politiques. De nouvelles victimes sont donc venues alourdir la liste qui avait Gasner Raymond, Jean Léopold Dominique, Brignol Lindor, Jacques Roche pour ne citer que ceux-là. Dans la mémoire des enquêtes qui se poursuivent font partie désormais la disparition de Vladimir Legagneur, l’assassinat de Rospide Pétion et la récente exécution de Néhémie Joseph.

Les journalistes disparus auxquels on n’a jamais donné justice

En ce qui a trait à l’immobilité de la justice haïtienne, Yvenert se plaint d’une situation d’impuissance qui ne cessera de nous faire pleurer la disparition de nos proches.

Il faut noter que, depuis des décennies, les journalistes haïtiens n’ont jamais été protégés contre des actes de banditisme. A part un climat d’insécurité qui offre des conditions optimales aux bandits de commettre leurs forfaits, mais il y a aussi une justice bancale, incapable d‘inspirer une once de crainte aux éventuels assassins, qu’ils soient les auteurs intellectuels ou les exécutants.

Marche des journalistes pour dénoncer la disparition de Vladjimir Legagneur

Autre élément qui constitue un plomb dans les ailes de la liberté de la presse en Haïti, c’est La difficulté majeure du pratiquant du journalisme d’avoir un réel accès à l’information. Si l’on se réfère aux dispositions légales, aucune loi n’a été votée sur le libre accès à l’information. Ensuite, dans les faits, la situation est considérablement critique.

Pour Obed Lamy, l’inaccessibilité de l’information peut être vue sur deux angles : « à part l’absence de disposition légale qui systématise l’accès à l’information, il y a aussi le fait que Jusqu’à présent l’État utilise du papier pour stocker ses données, ce qui rend lourdement difficile la tâche de trouver une information ancienne qui nécessite de déclasser des dossiers ».

En plus de l’inconfort relatif à la sécurité du journaliste, ce problème rend le métier quasi impossible, et on offre souvent un travail dont l’exhaustivité est bâclée. D’une certaine manière, la liberté de la presse ne veut vraiment rien dire sans un cadre légal qui protège l’accès à l’information

Les résultats du classement de la liberté de la presse, publiés par Reporters Sans Frontières (RSF) le 19 avril 2019, ont classé Haïti à la 62ème place, sur un total de 180 pays en raison d’un environnement de travail trop précaire. Ce qui signifie que les problèmes restent significatifs pour le bon fonctionnement de la presse.

« Malgré la récente évolution des lois relatives à la liberté de la presse, les journalistes haïtiens sont toujours victimes d’un cruel manque de ressources financières, de l’absence de soutien de la part des institutions et d’un accès difficile à l’information. Certains subissent encore des intimidations et des agressions… Les médias privés, très liés aux intérêts de leurs actionnaires, peinent à exprimer leurs points de vue sans autocensure. En 2017, un projet de loi sur la diffamation a été voté au Sénat, prévoyant de lourdes sanctions contre les journalistes »lit-on sur le site de RSF.

Rappelons qu’Haïti occupait la 60ème place pour un score de 26,36 sur 180 pays en 2018, ce qui signifie que le pays a régressé en perdant 2 places en 2019 dans le classement mondial de la liberté de la presse.

Enlacés avec les problèmes de précarité, les journalistes se sentent fatigués de subir les fardeaux d’un métier qui ne fait qu’aiguiser la vulnérabilité de leurs situations. On constate donc un effritement de sentiment d’appartenance et de souci d’y faire carrière. Ça appauvrit le métier en termes de ressources humaines autant que les journalistes âgés actifs sont rares en Haïti. On utilise le métier comme tremplin pour se faire un nom, un réseau pouvant garantir un meilleur emploi dans un autre secteur. Du coup, ça le fragilise. Par ailleurs, il faut tout de même insinuer que les difficultés du métier ne sont pas strictement des enjeux intrinsèques. Faut-il peut être une volonté démocratique au plus haut niveau assurant des conditions idéales pour la pratique du journalisme en Haïti.

Texte de : Sophonie Ylas Deravine

Crédit photo & vidéos : Jean Marc Hervé Abelard / Jeanty Junior Augustin

Montage sons et vidéos: Miguelito Boursiquot 

NB.: Certains journalistes ne veulent pas témoigner sur ce sujet qu’ils jugent trop sensible. Parmi ceux qui se résignent à le faire, la plupart  préfère rester sous couvert de l’anonymat par peur de se voir licencier. Beaucoup de patrons de média refusent aussi d’en parler.

Référence des sources consultées

https://www.google.com/search?sxsrf=ACYBGNQBrNbwLH6HRMCSsD7-Xd25AYnrJw%3A1576429078299&ei=Fmb2XYPdEcGQ5gLF_Z6oCg&hotel_occupancy=&q=enquete+solidarite+fanm+sofa+harcèlements+&oq=enquete+solidarite+fanm+sofa+harcèlements+&gs_l=mobile-gws-wiz-serp.3..33i160.9483.29110..29570…2.0..0.283.5693.0j35j1……0….1…….8..35i362i39j46i362i39j35i39j0i67j0i131j46i131j0j46j0i20i263j0i22i30j33i21.MHTu20WnIpI

https://hpnhaiti.com/nouvelles/index.php/societe/89-presse/6373-haiti-presse-crimes-contre-les-journalistes-le-bureau-de-l-unesco-en-haiti-s-active

https://www.google.com/search?sxsrf=ACYBGNQuDi8bR25itMOhAd-UL8pcpFFv8Q%3A1576431008267&ei=oG32Xf6AEIKy5gKzxqDIAw&q=code+de+deontologie+des+medias+et+des+journalistes+d%27haiti&oq=code+de+déontologie+des+médias+et+journaliste+&gs_l=mobile-gws-wiz-serp.1.0.0i22i30j33i160j33i22i29i30l6.49204.161839..164777…6.1..0.233.5505.0j21j9……0….1………0i71j0i67j0j0i20i263j0i203.JgwwvGWpnIQ

https://lenouvelliste.com/article/200821/haiti-recule-de-deux-points-au-classement-mondial-de-la-liberte-de-la-presse-2019

http://www.loophaiti.com/content/sous-pression-le-president-jovenel-moise-augmente-le-salaire-minimum

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