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Gisèle Halimi, une avocate féministe

Avocate, ancienne députée, autrice, militante pour les droits à l’avortement et à la criminalisation du viol, Gisèle Halimi est une des féministes les plus importantes du XXème siècle. Décédée ce mardi 28 Juillet 2020 à l’âge de 93 ans, elle détient un parcours exceptionnel. Portrait de Gisèle Halimi.

Gisèle Halimi de son vrai nom Zeiza Gisèle Élise Taïeb, est née en Tunisie d’un père berbère et d’une mère juive dans les années 1927. À cette époque, une fille dans une famille juive tunisienne était considérée comme une sorte de « malédiction ». Ainsi donc, Gisèle connut de très tôt les tourments de l’enfance. Cependant, la petite fille d’alors , refuse d’être une résignée. Elle se rebelle. À l’âge de dix ans, elle fait une grève de faim contre le sexisme et refuse d’accomplir les tâches ménagères pour lesquelles ses frères sont exemptés. Les parents cèdent. Gisèle signe sa première victoire. Pourtant les mentalités n’ont pas encore changé. Plus tard, on voudra qu’elle épouse un riche marchand d’huile. De vingt ans son aîné, Gisèle manifeste son désaccord, puis se libère de la pression familiale. Elle part pour Paris et intègre la faculté de droit. Elle a 18 ans.

En 1949, Gisèle est avocate au barreau de Tunisie. Elle milite pour l’abolition de la peine de mort, soutient le mouvement national algérien et dénonce les atrocités commises par l’Armée française. En fait, elle est pour l’indépendance de l’Algérie. À cette période, on la retrouve aussi très proche de la célèbre féministe Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre. D’ailleurs en 1971, elle et Beauvoir créent ensemble le mouvement féministe « Choisir la cause des femmes ». Cette même année, elle figure parmi les signataires du manifeste des 343 tout comme Catherine Deneuve. Trois cent quarante trois femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le droit à l’avortement et l’accès aux moyens anticonceptionnels. Elles auront gain de cause jusqu’en 1975 avec la loi de Veil.

En 1972, Gisèle Halimi est au cœur d’un procès. Le procès de Bobigny. Elle prend la défense d’une jeune fille nommée Marie-Claire , âgée de seize ans, qui s’est fait avorter suite à un viol. Debout contre des hommes confortablement assis, Gisèle plaide pour la libéralisation de l’avortement. « Monsieur le président, messieurs du Tribunal, je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour, un parfait accord entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre et ma condition de femme », clamera -t-elle fièrement. Marie-Claire et sa mère s’en sont donc sorties sans aucune peine. En Mars 2006, dans un téléfilm de François Luciani, une adaptation du procès est diffusée sur plusieurs chaînes françaises parmi lesquelles France 2.

Gisèle Halimi est aussi une femme politique. Députée en Isère et conseillère régionale en Rhône-Alpes , elle siège à l’assemblée nationale de 1981 à 1984. D’Avril 1985 à Septembre 1989, elle est Ambassadrice de la France à l’UNESCO. En 1989 également, elle devient la conseillère spéciale de la délégation française à l’Assemblée des Nations-Unies. Élevée au grade d’officier de la légion d’honneur avec la promotion de Pâques en 2006, elle est en 2013 « Commandeur » de la légion d’honneur.

Engagée dans la lutte contre l’inégalité entre les genres, militante pour les droits des femmes, Gisèle Halimi écrit aussi. Ses ouvrages reflètent ses idéologies. Elle publie avec Sartre et Beauvoir « Djamila Boupacha » en 1942 aux éditions Gallimard, « La cause des femmes » en 1973 chez Grasset, « Avortement, une loi en procès » en 1988, « La nouvelle cause des femmes » en 1997 aux éditions Seuil et « Ne vous résignez jamais » en 2009. Son dernier ouvrage « Une farouche liberté » écrit avec la journaliste Annick Cojean, qui revient sur ses 70 ans de combats, paraîtra bientôt à titre posthume.

Les obsèques de Gisèle Halimi auront lieu le jeudi 6 Août à Paris. Un hommage national est attendu à la rentrée.

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