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La fête « Gédé » est à la fois spirituelle et folklorique, dixit Dieuvela Etienne

À l’occasion de la fête des « gédé » qui va d’octobre au 6 janvier chaque année en Haïti, nous avons rencontré Dieuvela Étienne, la responsable du groupe musical féminin « Rara Fanm », renommé Symbi Roots. Pour la comédienne, cette célébration est ancrée dans la culture du peuple haïtien et que ce dernier a le devoir de l’honorer et de la respecter.

Dofen News : Le gédé une fête symbolique, que représente cette date historique pour nous haïtien-nes ?

Dieuvela Etienne : La fête « Gédé » est quasiment la seule et la plus grande fête vodou nationale et fériée d’Haïti. Les « Gédé » forment une escorte d’esprits d’outre-tombe ayant à leur tête le dieu Baron Samedi et la déesse Grann Brijit. 

Ils ont un caractère jovial, anticonformiste et exhibitionniste. La fête « Gédé » est à la fois spirituelle et folklorique. Spirituellement, elle est consacrée aux âmes des parents et des proches décédés. Au point de vue folklorique, c’est un grand rendez-vous musical, gastronomique, chorégraphique et de performances diverses. C’est la fête du banda, du piment, du café, du tambour et plus. À travers cette fête, on célèbre la vie après la mort ( la vie dans le monde invisible et la réincarnation), l’égalité de tous les humains devant la mort ( nous mourrons tous).

D.N : Parlez nous un peu de votre expérience à travers cette fête ?

D.E : Je l’ai toujours célébré chaque année en partageant du café et du pain, en allumant des bougies blanches pour honorer mes esprits protecteurs ou encore les divinités qui sont en moi. Comme artiste, j’ai sorti deux musiques gédé. Et cette année, j’ai publié : « Baron Samedi Monologue » et « Grann Brijit, l’aïeule de la terre ». Ces deux ouvrages littéraires dévoilent une perception philosophique et culturelle de ces Lwa vodou. Je viens également de lancer ce 1er novembre 2021 au Canada : Montréal en Gédé / Festival des arts vodou.

D.N : En rendant hommage à la Grann Brijit, quel message avez vous voulu vraiment faire passer ?

D.E : J’ai écrit « Grann Brijit » pour aider les lecteurs(trices) intéressés(es) à mieux connaitre cette divinité féminine. D’elle, on ne dit traditionnellement qu’une seule phrase : c’est l’épouse de Baron Samedi. Pourtant, elle est plus que ça.  Tous ceux et toutes celles qui veulent se procurer ce livre peuvent me contacter sur ma messagerie Facebook sur la page publique : Dieuvela Etienne Le vodou autrement.

D.N : Quelle place détient la femme dans cette célébration ?

D.E : Le jour 1er novembre, beaucoup de personnes ont tendance à exhiber l’organe sexuel masculin pour célébrer la vie. Elles le font d’une manière qui pourrait parfois intimider, voire agresser les femmes. Alors qu’il n’y a pas de vie sans la femme qui donne son ovule, qui porte le fœtus dans son utérus, qui accouche et qui allaite. Vous pouvez également constater que le culte adressé à Grann Brijit n’est pas du tout égal à celui de Baron ou des Barons. Brijit est souvent oubliée ou mise en seconde position. C’est Baron Samedi qui domine la fête. Tout ceci est lié à notre mentalité machiste et patriarcale.

D.N : Que dites vous à ceux qui méprisent le gédé ?

D.E : Ceux qui méprisent le Gédé le font parce qu’ils sont victimes des séquelles de l’esclavage et du lavage de cerveau chrétien. Je leur dirais que c’est ridicule de mépriser sa propre culture. C’est une sorte d’autodestruction, une humiliation qu’on inflige à soi-même. Aucun Haïtien n’a l’obligation d’être croyant ou d’être pratiquant vodou mais tous les Haïtiens doivent du respect à ce riche patrimoine culturel, historique, spirituel qu’est le vodou.

D.N : Qu’est ce qui pourrait être fait selon vous pour redorer l’image de cette manifestation ?

D.E : Il faut arrêter de confondre la tradition Gédé à l’halloween, de le marier à la délinquance sexuelle, de sortir les cadavres dans leurs tombes pour prendre leurs os et leurs crânes. Il faut plus de respect, d’amour et de geste fraternel pendant les rituels. Il faut surtout s’ouvrir à l’éducation spirituelle et à une pratique saine du vodou.

Shylene Prempin

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