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photo d'illustration - Source : google search

Le Marché Cluny, une municipalité officieuse

Le nom du marché principal du Cap-Haitien a toujours capté l’attention par sa majestuosité. Un nom qui laisse confus. Fut-il nommé après quelqu’un ou est-ce un hasard ? Selon certains, la première hypothèse serait à retenir. Nombreux sont aussi ceux qui ne savent pas si un nom s’y est attaché, encore moins s’il est sujet à multiples interprétations. Le marché serait construit du temps de la colonie.

Situé en plein centre de la ville, ce marché public est maintes fois pointé du doigt comme étant l’un des principaux distributeurs d’immondices polluant la 2ème ville historique d’Haïti. L’autre distributeur étant le marché ou l’on vend tant les habits usagés que neufs et qui jouxte sur une de ses bornes le marché Cluny ou l’on trouve les produits alimentaires. A eux deux ils constituent l’antre des marchands, natifs du Cap et des autres communes du département du Nord et plus encore.

Le marché Cluny comme toute structure possédant des étalages de vente est divisé en secteurs ou sous-marché. Pour les identifier la population parle de marché aux poissons, marché poule, marché Saint-Domingue là ou vend ce qui sont achetés du côté de la frontière, à croire qu’un plus grand nombre de produits ne circuleraient sur notre territoire. Cette subdivision fait penser tout aussi bien à une ville et ses quartiers puisque ces derniers ont chacun un nom, ses particularités, aussi leur délimitation.

Le marché Cluny est donc borné du nord au sud et de l’est à l’ouest. Sinon il y a longtemps que toute la ville aurait été colonisée par nos braves marchandes qui n’ont de cesse de grignoter de l’espace.

Si l’offre et la demande règne en maitre le jour, il faut faire un coup de patte la nuit pour tout savoir sur le marché Cluny.

Dans l’une de ses entrées sur la rue espagnole, petite ampoule fluorescente diffusant une lumière vive, s’appropriant la couleur du soleil couchant. Les étalages sont vides pourtant elles laissent voir des nattes étendues en guise de lits de fortune ou des matelas, des femmes qui prennent un bain bien mérité après une rude journée à braver les clients récalcitrants, à échanger quelques injures et à déjouer des plans machiavéliques dressés ça et là contre leur petit commerce, des hommes qui boivent un trempé ou un asosi pour clôturer cette journée de plus et attendre les caprices d’un lendemain incertain.

Mais aussi au milieu de ces festivités nocturnes, souvent une ancienne aide à mettre au monde un énième enfant. Là, sous l’étalage, sans gant, sans une assistance médicale autre que le savoir faire de cette sage femme ayant reçu son don du Ciel ou ayant appris son métier sur le tas. Cette mère n’en est peut-être pas à sa première progéniture en dessous de l’étalage, dans le confort du marché Cluny. Elle a déjà quitté sa campagne pour ne plus y retourner, le loyer est abordable en dessous de l’étalage et très à proximité de son commerce. Cinq (5) ans, dix (10) ans passeront vous verrez une petite fille, un petit garçon en uniforme emprunter cette route et dira à ses camarades qu’elle/il passe auprès de sa maman au marché. Tôt le matin elle/il y ressortira. Si vous êtes attentif vous saurez qu’elle/il y a passé la nuit.

Vingt cinq (25) ans, trente (30) ans, qui sait ce que sont devenus ces enfants. Avocat/e, professeur/e, médecin ? Mais là ce serait au tour d’un adulte avec un avenir tracé de déménager vers son domicile officiel car la société ne serait pas d’avis qu’il/elle reçoive ses nouveaux amis en dessous de l’étalage.

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