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Photo soumise par Suzie Clervil

L’OFSA se positionne sur la crise actuelle du pays

Suzie Clervil est la coordonnatrice de l’Organisation des Femmes Solidaires de l’Artibonite (OFSA), une association créée en 2008 après le passage des cyclones Hanna et Ike, dans le but d’assister les femmes victimes de viols, d’actes coercitifs et d’autres formes de violences suite à la catastrophe. Mère de famille et originaire du Nord du pays, elle est l’une des signataires d’un communiqué de presse, publié récemment sur notre site, écrit par des organisations féministes de l’Artibonite.

Contactée par la rédaction, elle a donné son avis sur la situation conjoncturelle compliquée, situation qui dure déjà depuis plus de quatre (4) semaines.   

Dofen News : Que pensez-vous de la situation actuelle du pays ? En quoi est-elle un inconvénient pour les femmes ?     

Suzie Clervil : La corruption qui gangrène l’État et les années de non gouvernance ont creusé un écart entre les nantis et le reste de la population réduisant au passage les salariés à la mendicité. En effet, plus de 60% de la population gagne moins de 1,000 gourdes par jour et 26% moins de 100 gourdes. Le pays est donc en pleine crise humanitaire et la mauvaise gestion politique de la crise est en train de nous conduire à une guerre civile qui ne se fera pas seulement pour les idéologies socio-politiques mais surtout pour le manger et le boire. 

Toute cette situation constitue un désavantage pour les filles et les femmes, elle les touche sur plusieurs points :   

• Dans ce contexte de précarité économique et de chômage exagéré, les patrons et les mécènes sont plus enclins à faire des propositions indécentes aux femmes et aux jeunes filles.

• Le banditisme engendré par cette crise explosive paralyse l’activité économique principale des femmes haïtiennes qui est le commerce. La situation des « Madan Sara » qui ne peuvent plus voyager de nuit par peur de se faire braquer, ou qui se font rançonner voire même tuer dans les marchés comme la Croix des Bossales (kwa bosal) vous dit comment cette situation est préjudiciable aux femmes.

D.N : Selon vous, comment les organisations de femmes peuvent-elles aider la gente féminine à surmonter ce climat sociopolitique ravageur ? 

S.C : Les organisations de femmes doivent se battre pour que l’Etat puisse formaliser la principale activité génératrice de revenu des femmes, le commerce, pour qu’elles aient accès aux crédits bancaires qui ne soient pas des « ponya » mais à des taux d’intérêt préférentiels. Ensuite, elles doivent s’engager citoyennement en intégrant les espaces politiques, participer aux élections et occuper des postes politiques afin de participer aux débats politiques et faire passer les points de vue des femmes. Enfin, les femmes doivent être présentes là où les décisions qui impacteront leur vie et celle de leurs enfants seront prises.

D.N : Pensez-vous qu’il y aura une fin à cette crise dans les cas ? Que proposez-vous ?

S.C : La crise est générale et généralisée, ses causes sont multiples et profondes. Certaines d’entre-elles remontent d’avant l’indépendance. Elle peut se perpétuer à jamais si nous continuons à l’aborder de façon superficielle. Toutes les tentatives visant à masquer les vrais problèmes pour un semblant de mieux-être ont échoué. Le temps est venu d’exposer au grand jour les vrais problèmes et de toucher là où ça fait mal.

Je crois que nous devons profiter de cette situation pour décider si une République appauvrie peut s’offrir le luxe d’accorder tous ces avantages à ces dirigeants. Je pense que l’on doit réduire le nombre de députés et de sénateurs, diminuer leurs frais, éliminer les « kòb pwason, lajan chanpèt » et criminaliser la corruption à travers une loi. 

On doit donner à la justice toute son autonomie et accorder aux juges et aux directeurs de l’ULCC et de l’UCREF un mandat s’étalant sur trois (3) mandats présidentiels. Il faut également ajuster le salaire minimum pour tous les secteurs d’activités du pays. 

Enfin, l’Etat doit annuler les franchises douanières pour les produits non humanitaires, investir dans l’agriculture, l’élevage et la pêche, rouvrir les magasins de l’Etat et protéger ces secteurs en augmentant la taxation de ces produits à l’importation. Des politiques sociales et de sécurité publique accompagneront ces mesures.

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