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Yves Jean-Bart, présumé violeur, rafle-t-il vraiment tout sur son passage ?

Des révélations inattendues viennent chambouler le monde du football féminin haïtien. Ce 30 avril, le journal britannique « The Guardian » a publié un article où il rapporte le témoignage de plusieurs jeunes joueuses du Centre Technique National de Croix-des-Bouquets qui accusent le président de la Fédération Haïtienne de Football (FHF) Yves Jean-Bart de viols et/ou d’agressions sexuelles. Des divulgations qui viennent mettre en branle un secteur qui, apparemment, marchait bien. L’accusé communément appelé « Dadou », qui est à la tête de la FHF depuis 2000, nie toutes les accusations qui lui sont reprochées.

« Il y a une dame qui travaille là-bas qui fait pression sur les filles pour avoir des relations sexuelles avec Dadou. Quand il voit une jolie fille qui est attirante, il envoie la dame pour lui dire qu’elle va être jetée hors du centre. Elle se met à pleurer, puis la dame lui dit : La seule façon de résoudre ce problème est de parler à Dadou. À ce moment, la jeune fille n’a pas d’autre choix que de supporter les abus sexuels. », a-t-on pu lire dans l’article.

Toujours selon ce dernier, les viols se seraient produits au cours des cinq (5) dernières années.

The Guardian a aussi relaté que selon des sources en Haïti, des joueuses qui ne font plus parties du centre ont été contraintes par Yves Jean-Bart d’avoir des relations sexuelles avec lui et que plusieurs d’entre elles ont été forcées d’avorter.

Une autre victime présumée a déclaré : « J’ai tellement peur. Dadou Jean-Bart est une personne très dangereuse. Il y a beaucoup de gens qui veulent parler mais ils ont eux aussi peur surtout ceux dont les parents qui sont toujours en Haïti. »

Si les filles subissent ces traitements depuis tout ce temps, des questions nous viennent inévitablement en tête : Comment de telles choses ont pu se produire dans ce centre sans que personne ne s’en aperçoive ? Est-ce qu’il n’y que ces deux personnes (le président du FHF et la dame susmentionnée) qui y sont impliquées ? Où sont les psychologues de la fédération ? Où sont les parents de ces jeunes filles ? Est-ce que vraiment la presse haïtienne n’était au courant de ces cas ? La presse haïtienne est-elle complaisante aux violeurs ? Qui est la source qui a révélé les cas de viols et d’avortement mais qui n’a pas essayé, même sous couvert d’anonymat, de se confier aux médiaux locaux ? Est-ce qu’elle l’a fait mais que les confessions ont été étouffées ?

En Haïti, les femmes, le viol et l’impunité marchent souvent de pair. Le nombre de femmes et filles signalées d’avoir été victimes de viols ou de violences est très élevé. En 2018, selon un rapport fournit par le centre médical Groupe haïtien d’étude du sarcome de Kaposi et des infections opportunistes (GHESKIO) au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), sept-cent-quatre-vingt-douze (792) jeunes filles et femmes ont été victimes de violences sexuelles.

Ces victimes provenaient principalement des quartiers défavorisés de la capitale. Il y a aussi eu le cas des étudiantes qui ont été violées l’année dernière en sortant de l’université. Le plus récent cas date de novembre 2019 où des détenues à la prison civile des Gonaïves ont été victimes de viols collectifs. Pour l’heure, rien n’a été dit. On ne sait toujours pas si les responsables ont été appréhendés ou s’ils ont purgé une peine pour leur délit.

Après la diffusion des révélations, plusieurs structures féministes ont condamné les actes dont Yves Jean-Bart sont accusés notamment la Solidarité Fanm Ayisyèn (SOFA), Kay Fanm et Krifa Haïti. L’Office de Protection du Citoyen Haïtien a même demandé l’ouverture d’une enquête. Tant d’autres voix se sont soulevées soient pour demander la démission de Yves Jean-Bart, soit pour lui demander de se mettre à la disposition de la justice en prenant une pause de ses fonctions.

Dans une note de presse datant du 4 mai, Marie Giselhaine Monpremier, Ministre à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme, demande aux autorités judiciaires compétentes en la matière de mettre l’action publique en mouvement contre Dadou Jean-Bart.

À la surprise de plus d’uns grande, le présumé violeur Yves Jean-Bart a auto signé un communiqué datant du 2 mai au nom de la Fédération, dans laquelle il juge la publication de « The Guardian » une accusation qui vise à le renverser de ses fonctions de Président. Si Yves Jean-Bart démissionne l’affaire sera-t-elle tombée à l’eau ? Est-ce que Yves Jean-Bart se croit avoir tous les droits pour agir ainsi ?

La suite juridique de cette affaire est très attendue par la population haïtienne, les organisations féministes n’entendent pas lâcher l’affaire. Suite à la position de la FHF, on se demande si c’est réellement cette dernière qui mise tout sur l’innocence de Dadou ou si c’est Dadou qui se défend lui-même par le biais de la fédération.

Dans notre société, ce sont les victimes de viols qui se cachent, qui sont pointés du doigt, qui sont obligés de se recroqueviller sur elles-mêmes de peur d’être victimes continuellement des commentaires désobligeants d’autrui.

Tandis que les violeurs, eux, continuent de vivre paisiblement leur vie, comme si de rien n’était, comme si leurs actes n’étaient que le résultat d’un shooting d’un film dramatique. Espérons que ce dossier ne sera pas classé sans suite comme c’est souvent le cas chez nous. Le viol est crime… Les violeurs sont des monstres, ils doivent payer pour leurs crimes.

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