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L’entrepreneure Loudia Louis Jeune, modèle de détermination et de persévérance

Par les temps qui courent, dans l’Haïti miné de problèmes, vivre de son salaire est un véritable casse-tête, rêver d’une entreprise pour devenir autonome financièrement n’est pas facile non plus, mais pas impossible. Au dire de beaucoup de spécialistes en la matière, s’il n’existe pas de formule sacramentelle, il faut tout au moins certaines qualités, soient innées ou acquises en se disposant à prendre des cours sur l’entrepreneuriat. Loudia Louis Jeune, surnommée « Mme Propre » par sa famille, est cette entrepreneure qui remue ciel et terre pour faire progresser son entreprise dénommée « Bon’Odor », spécialisée dans la lessive et l’entretien ménager. Dans une causerie très animée, elle s’est confiée à nous et a tenu à partager avec les lectrices et lecteurs de Dofen News l’histoire de l’avant, du pendant et de l’après de la création de son entreprise.

Dofen News : Vous êtes Loudia Louis Jeune, cette entrepreneure qui tient les rênes de l’entreprise « Bon’Odor », présentez-vous davantage à nos lectrices et lecteurs?
Loudia Louis Jeune : Je suis Loudia Louis-Jeune, j’ai 36 ans, je suis officière administrative avec une carrière professionnelle de plus de 12 ans dans la clientèle, la gestion administrative et le marketing dans des institutions privées que les institutions non gouvernementales. Mon entregent, mon grand sens de responsabilité et l’amour du travail bien fait, m’ont toujours fait exceller dans mes différentes fonctions. Il faut tout aussi souligner que je suis scoute et que toute jeune j’ai été formée par les grandes valeurs du scoutisme. Le patriotisme, la fraternité, la créativité, l’esprit d’équipe. Comme je le dis toujours, le scoutisme est une école de caractère.
Ma passion pour le nettoyage m’a poussé vers une toute autre formation, celle de l’hygiène et l’entretien ; l’ultime outil qui m’aura servi par la suite pour monter cette entreprise de propreté. En dehors de cette vie professionnelle, on retrouve une mère dévouée ; un personnage altruiste, une citoyenne engagée aux multiples champs d’action. J’ai le gout de l’aventure. « Bon’Odor » n’est pas mon début et ne sera pas la fin (rire..)
C’est pourquoi on retrouve une Loudia tout aussi versée dans l’agriculture et la technologie. Ce cocktail donne du sens à ma vie, m’inculque le sentiment d’être utile à ma communauté qui souffre encore d’exemple.

DN : D’où vous est venue l’idée de créer ce style d’entreprise plutôt rare sur le marché haïtien ?
LLJ : « Bon’Odor » est sorti du tiroir en décembre 2019, selon moi, le secteur du service à la personne méritait d’être vu et exercé différemment. Les travailleuses font de ce métier un refuge dans le seul but de mettre de l’argent pour démarrer un petit commerce au bout de 6 à 12 mois. Ce qui leur rend instables et complètement démotivées.

L’objectif premier de « Bon’Odor » était de former ces travailleuses domestiques, les doter des techniques et protocoles du métier, les outiller, les aider à bien cerner leurs missions. Ce punch gagné allait pouvoir professionnaliser le métier et le rendre employable donc un emploi stable, une assurance médicale et une retraite pour leurs vieux jours. Telle est la mission sociale de mon entreprise.

DN : À partir de quand avez-vous pensé à ajouter des services supplémentaires à « Bon’Odor » ?
LLJ : « Bon’Odor » est devenu Propreté et Services en 2021 après avoir gagné le Concours de plan d’affaires organisé par la plateforme Boussole. C’était en 2018, très passionnée de l’Entretien, j’ai suivi la formation en hygiène et entretien avec le programme Sofitraining de la SOFIHDES. Quelques mois plus tard, j’ai détecté cette opportunité d’affaires, j’ai rédigé le projet et j’en ai parlé à ma sœur et à mon frère, qui par la suite sont devenus mes associés. Ils m’avaient grandement encouragé connaissant toute ma passion pour le Nettoyage, mes compétences en gestion et dotée d’un grand sens de leadership.
Mme Propre a été mon surnom d’enfance à cause de mon passe-temps favori qui n’était autre que lessiver, nettoyer, repasser dans mes temps libres. Principalement ma maman et mon grand frère préféraient que je fasse leurs chambres et lessiver leurs sous vêtements. Ils adoraient ce fini parfait de soin que j’ y mettais. Tout brille et sent bon (rire) m’importait peu le temps a y mettre (rire). En récompense, comme dans une chasse aux trésors, ma maman me laissait un peu partout dans sa chambre de jolies petites pièces d’adoquin et de sucreries. Je m’en régalais tous les dimanches soir (rire…)

DN : Comment vous êtes-vous retrouver au programme de AWE et quel a été votre réaction à l’annonce de votre sélection?
LLJ : Cette opportunité m’est apparue tout de suite à la fin de la clôture du concours de Boussole. À la lecture du message de CEDEL, je fus très émue et absolument fière de mon acheminement surtout lorsque j’ai su que je faisais partie des 20 sélectionnées sur un millier d’application. C’est un mérite car la vie n’est point clémente, il faut beaucoup de sacrifices et de discipline pour arriver à matérialiser une idée et faire marcher une entreprise par les temps que nous connaissons tous en Haïti.

DN : Quel est l’engagement précis de « Bon’Odor » face à ses clients?
LLJ : Nous travaillons ardemment pour réaliser tous les objectifs que nous nous sommes fixés. Améliorer des vies; ceux de nos collaborateurs et ceux de nos clients, la mission ultime de « Bon’Odor » Propreté et Services. Ce géant de la propreté qui facilite la vie de ses clients. Des services flexibles, innovants qui se rapprochent de leurs besoins et leurs revenus. Nous les améliorons pour une satisfaction inégalable. Nos clients jouissent donc d’une expérience optimale de soins sur mesure et conviviale.

DN : Ces dernières années le pays fait face à des crises sans pareilles, ce, à tous les niveaux de la vie nationale, en tant que jeune entrepreneure quelles sont vos stratégies vous permettant d’aller de l’avant, sans effleurer l’idée de plier bagages pour des cieux plus sécurisant et assurant pour votre avenir et celle de votre entreprise?
JJL : Ce n’est plus un secret. Je l’admets. Je suis définitivement attachée à mon pays. Je me suis toujours vue en touriste un peu partout dans le monde mais jamais pour y demeurer. Les nouvelles sont exaspérantes, épuisantes. L’insécurité effrénée, l’inflation sont des pressions considérables mais ceci n’enlève pas ma confiance en une Haïti renouvelée.
« J’ai rendez-vous avec un grand rêve » Je n’ai pas une stratégie particulière ni de potion magique pour tenir ; les situations ont de quoi nous affaisser tous. Je me suis lancée dans cette aventure entrepreneuriale parce que je crois que je suis porteuse d’un changement et ce changement je l’implémente dans le secteur que j’évolue. Pour moi c’est déjà une grande contribution.

DN : Que pensez-vous de la montée des femmes haïtiennes, surtout les jeunes, dans le mouvement entrepreneurial, quoique déjà impliquée dans le rehaussement de l’économie du pays, mais surtout de manière informel?
LLJ : La meilleure façon de prévenir son avenir est de le créer. L’entrepreneuriat demeure la meilleure option de réussite. Je pense que ce même effort déployé pour l’écosystème entrepreneurial devait être proportionnel à une sensibilisation vers l’éducation et l’orientation de nos écolières pour arriver à avoir un quota féminin dans les hautes fonctions de l’économie.
Nous stagnons encore dans l’informel parce que nous avons non seulement une culture de méfiance mais aussi cette manie de créer des activités de subsistance qui bloque la créativité. Il est grand temps pour nous de réagir et comprendre comment créer la richesse.

DN : Du début et jusqu’à aujourd’hui avez-vous rencontré des difficultés particulières à la gestion de l’entreprise?
LLJ : Certainement, les journées sont colorées d’anxiété. Quand on ne peut plus compter sur l’électricité, sur la disponibilité de l’essence dans les stations, le lock out sont des difficultés communes à chaque haïtien mais surtout des épines aux pieds des chefs d’entreprise.

DN : Quels sont les perspectives d’avenir de « Bon’Odor »?
LLJ : D’abord, nous poursuivrons cette œuvre qui est de satisfaire nos clients à travers nos deux services opérationnels : la Lessive et l’Entretien Ménager. D’autres services seront proposés au public sitôt l’aventure d’AWE terminée.

DN : Auriez-vous un gentil mot à l’endroit de nos lectrices et lecteurs?
LLJ : Haïti a besoin de nous, de tous ses fils et toutes ses filles, tout comme cette chère patrie regorge d’opportunités pour chacun d’entre nous. Éducation, consistance, discipline, résilience aux aspirants entrepreneurs. Les portes s’ouvrent toujours à ceux qui rêvent, osent, travaillent et n’abandonnent jamais.
À nos jeunes lecteurs, je dis que la solution est en vous. Vous avez un cerveau, donc l’univers vous a doté de beaucoup… Dessinez votre futur, innovez dans les difficultés. Usez la technologie à bon escient. Lisez beaucoup plus pour trouver l’inspiration et le génie. Créez des solutions. Décidez dès maintenant, pendant que vous n’avez pas de famille à nourrir, un toit à payer. Faites de grands sacrifices. Vous êtes les seuls responsables de votre vie et les seuls garant de votre réussite. Succès aux amants de la liberté financière.

Propos recueillis par Fabiola Carmel Wellington

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