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Les oubliées du centre sportif de Carrefour

La grande salle du Centre sportif de Carrefour où séjourne les réfugié-es de Martissant est transformée en une arène. Faute de don régulier. C’est la loi du plus fort qui prime. Avec des enfants en bas âge, les mères de famille sont les plus vulnérables de cette situation précaire. En difficulté de se nourrir correctement, plusieurs d’entre-elles qui devraient allaiter leur bébé ont dû renoncer. Dans un dénuement le plus total, n’ayant nul part où aller, elles attendent avec espoir un changement.

Carrefour. Samedi 14 août. Il n’est pas encore midi. Des petits groupes de deux jusqu’à cinq personnes tout en discutant, assistent derrière les grilles à un spectacle d’entraînement de football captivant donné par de jeunes écoliers au Centre sportif. Un peu plus loin dans le couloir qui mène à la grande salle, des femmes s’activent. À ciel ouvert, une femme est en train de se doucher. À quelques mètres d’elle, une autre cuisine des pâtes dans un petit chaudron. Les enfants courent ça et là. Ils crient, rient dans une insouciance prope à eux.

Arrivée dans la grande salle, on retrouve un tohu-bohu accueillant. Des morceaux de tissus qui pendent de partout font le décor. Avec ses vêtements légers, Mireille a 17 ans. Elle fait sa lessive sur une marche d’escalier. Une place qui lui sert aussi de reposoir. C’est son p’tit coin. Avec son air juvénile, on a du mal à croire qu’elle est une mère. Mais l’image de son garçonnet de 3 mois qui gigotent tout près d’elle avec un sourire béat nous sort de l’illusion. Le père quant à lui a refusé la paternité.

« Ça fait déjà quatre jours environ qu’on nous a rien donné. Ce sont les membres de l’Église Indigène qui étaient venus hier nous apporté de quoi à manger. D’ailleurs s’ils n’étaient pas venus, on allait dormir le ventre vide », déclare la jeune mère.

L’adolescente donne le sein malgré elle à son fils pendant qu’elle n’a pas mangé grand chose.  » Depuis ce matin, on nous a rien donné. Si vous avez la possibilité de vous nourrir à vos frais, tant mieux. Mais dans le cas contraire, vous devez attendre les dons qui se font de plus en plus rare. Ce qui révèle être sa réalité », relate t-elle.

Selon ces dire le Maire principal de la ville, Jude Édouard a déclaré qu’il est dans l’incapacité de repondre à leurs besoins. Depuis la mort de l’ancien Président Jovenel Moïse, le numéro 1 de la ville a avoué que ces appels à l’aide n’ont pas trouvé de réponse positive.

À même le sol. Sur un petit matelas de fortune, vêtue d’une petite robe noire et coiffée de deux minuscules nattes, Rachel nourrit son rejeton de 7 mois. La mère célibataire n’a plus les nouvelles du père depuis le début de la grossesse. Elle a 18 ans. L’ancienne résidente de Martissant 23, peu bavarde affirme qu’elle n’est pas son aise au Centre.

« Mon bébé a 7 mois. Habituellement je lui fais à manger mais je n’ai pas les moyens pour maintenant, alors je suis obligée de lui donner le sein », témoigne t-elle d’une timide voix. Ce que réclame Rachel est de monter une petite affaire pour prendre soin d’elle et de sa progéniture.

Mère d’un petite fille de 3 mois. Jeanne n’a plus nul part où aller. Les bandits ont pillé sa maison. Âgée de 29 ans, elle n’est plus en très bon terme avec ex conjoint. « Dès les premiers jours où j’étais venue ici, on nous donnait à manger régulièrement, j’étais contente mais les choses ont changé depuis. J’avais bénéficié beaucoup de choses pour ma fille », dit-elle. Pour conclure, elle espère que les choses changent car les bébés sont les plus fragiles ici. Ils ne peuvent pas tout manger.

Louise a 6 enfants mais le petit dernier est né par césarienne à Carrefour. Une ONG lui a permis de louer une maison, ce qui n’empêche pas la quadragénaire de squatter encore son ancienne place. « Ils m’ont donné quelque part à dormir mais ils m’ont dit que c’est à cause du bébé. J’ai une maison à dormir mais sans rien de plus. Si je viens encore ici, c’est pour trouver de quoi à manger », explique t-elle. Son mari dit-elle, est au chômage depuis son arrivée à Martissant.

« Le docteur m’a conseillé de prioriser l’allaitement pour l’enfant. Pendant qu’il m’arrive parfois de ne pas manger pendant une journée entière. La dernière fois où j’ai été à la maternité, le personnel médical m’a dit que le bébé n’aspirait que des gaz. Ce qui fait obstacle à sa santé », soupire-t-elle.

La précarité dans laquelle se trouvent ces femmes est critique. La faible apparition des donateurs est souvent source de conflits.  » You n konn rale kouto sou lòt la wi », affirme Mireille. Rapidement un brouhaha prend forme. Deux hommes surgissent et viennent distribuer des billets de 50 gourdes à une foule frénétique. Ce sont les plus gros bras qui en bénéficient. Se trouvant sur la trajectoire de la foule, une femme âgée est tombée par terre.  » Se konsa bò isi a ye wi, lè yo pote bagay yo se gason yo ki al pran yo nan goumen. Epi y ap vin revann nou l aprè wi », souffle Jeanne.

Cela fait déjà deux mois que des centaines de personnes ont abandonné leur maison à Martissant, sous les assauts des bandits devant un appareil gouvernemental impuissant. La grande majorité d’elles ont séjourné depuis, au Centre sportif de Carrefour. Dès les premières semaines, les dons pour les réfugié-es n’ont pas cessé d’affluer. Néanmoins à mesure que l’insécurité sur la route de Martissant grandit, les aides décroient. Dorénavant les victimes sont plongées dorénavant dans une situation difficile. Avec la nouvelle du puissant tremblement de terre survenu ce samedi 14 août au grand Sud du pays, leur condition n’est pas prête de s’améliorer.

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