© %author%

Rosemène Normil - Source photo banquemondiale.org

A l’occasion du 8 mars 2020, la Banque Mondiale vous présente Rosemène Normil

Depuis 20 ans, Rosemène Normil évolue dans le secteur de l’éducation. Elle a formé plusieurs générations en tant qu’institutrice et dans la gestion des infrastructures scolaires. Depuis quelques années, elle appui la direction départementale du Sud du Ministère de l’éducation nationale dans l’implémentation du Projet « Pour une Education de Qualité en Haïti » financé par la Banque Mondiale.

Aucun pays ne peut réaliser son potentiel économique complet sans une participation équitable des hommes et des femmes. Au cours des dernières années, Haiti a réalisé des progrès importants en vue de faciliter l’accès aux femmes au marché du travail. La lutte pour l’égalité des sexes étant un processus à long terme, le gouvernement, la société civile, les organisations internationales, entre autres doivent s’impliquer pour entamer des réformes nécessaires et favoriser une participation des femmes dans la croissance économique et sociale.

Le dernier rapport de la Banque mondiale « Les Femmes, l’Entreprise et le Droit » publié en 2020, informe que dans le monde, les femmes ne jouissent que de 75% des droits légaux des hommes. Haiti réalise un score de 61.3 sur 100 dans ce classement qui prend en compte le cadre légal et les réformes mises en œuvre pouvant faciliter aux femmes d’accéder à des emplois ou à monter leurs propres entreprises.

Dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, le 8 mars, cinq professionnelles haïtiennes évoluant dans les divers secteurs du développement relatent leur contribution ainsi que les obstacles qu’elles ont affronté à cause de leur genre.    

 Qu’est-ce qui vous a conduit dans le secteur de l’éducation ?

J’ai été durant l’enfance proche d’une famille composée entièrement d’éducatrice et d’éducateurs. L’engagement et le souci de la famille André pour me permettre de recevoir le pain de l’instruction m’ont aidé à comprendre très tôt l’importance de l’éducation. Devenue grande, j’ai aussi compris que c’est le meilleur cadeau ou le plus grand bien que la génération adulte puisse léguer à sa descendance. Telles sont les raisons qui m’ont acheminées sur cette voie. Et, je soutiens le proverbe français qui nous dit : « Sans éducation, l’enfant est orphelin. » (Le dictionnaire des sentences et proverbes, 1892)

Parlez-nous un peu de quelques succès enregistrés depuis votre intégration dans le secteur

J’ai intégré formellement la communauté éducative haïtienne depuis déjà 20 ans. J’ai gravi les échelons graduellement passant aux postes de titulaire des deux premiers cycles du fondamental à celui de consultante en Pédagogie, puis directrice d’une institution logeant le fondamental et le secondaire, encadreur pédagogique et en fin consultante en appui à la direction départementale du Sud dans le cadre du Projet pour une éducation de qualité en Haïti (PEQH)* financé par la Banque Mondiale. En tant qu’enseignante, j’ai su mettre du temps de côté pour les apprenants en difficultés et leur fournir l’aide nécessaire pour repousser leurs limites tant au niveau intellectuel que comportemental.

Parlez-nous de quelques-unes des barrières qui se sont dressées à vous pendant votre carrière à cause de votre genre ?

Le plus souvent les problèmes de genre se posent dans les relations de travail entre homme et femme. Quand on m’a recruté comme directrice, bien que mon profil et mon caractère répondaient mieux au poste, l’employeur avait choisi un homme parce que, dit-elle, le corps professoral était composé de quatre-vingt-quinze pour cent (95 %) d’hommes. Ne voulant pas me perdre, elle a créé un poste pour moi, et l’année suivante, à la suite de certaines difficultés naturelles et administratives, le collègue avait démissionné. Et, c’est à ce moment qu’elle s’est résolue à m’encourager à prendre le poste.

Après tant d’années d’expérience, pourquoi conseillerez-vous à d’autres jeunes femmes d’intégrer le secteur de l’éducation ?

Souvent on dit si vous voulez faire de l’argent n’emprunter jamais le chemin de l’enseignement. Il y a une part de vérité quand on regarde le salaire offert à un enseignant. Un chauffeur, une ménagère dans une ONG reçoivent un salaire allant jusqu’à 2 et même 3 fois plus qu’une institutrice ou un instituteur. Cette situation décourage quelquefois les jeunes filles ou les jeunes garçons d’embrasser cette carrière. Cependant, quand on pratique ce métier, il ne faut pas voir la gratification en termes de salaire, sinon vous allez être déçus. Il faut le voir en termes de satisfaction personnelle, la reconnaissance de vos élèves, le changement que j’appelle les petits miracles opérés tous les jours et surtout les bénéfices que l’ensemble de la société dans laquelle vous évoluez va bénéficier de ce travail quotidien. En analysant tout cela, j’encourage les jeunes ayant le sens de partage, du travail bien fait, de ne pas hésiter à embrasser l’enseignement comme profession si toutefois vous sentez l’appel.

Comment voyez-vous le développement de carrière pour une jeune femme dans le secteur aujourd’hui ?

Faire une carrière dans le secteur éducatif pour une jeune femme n’est pas facile. Cependant avec de la volonté, la persévérance et surtout le perfectionnement vous avez de l’espoir. C’est pour cela que je vais reprendre ce que j’avais dit tantôt : elle doit s’imprégner du désir de perfectionnement. Ce que la jeune femme doit savoir elle ne doit pas dire qu’avec mon diplôme, je peux tout faire, c’est faux. Elle doit comprendre que l’éducation en tant que science est dynamique. Les modèles, les paradigmes changent constamment.

Lisez l’article original en cliquant 

FR: https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2020/03/06/haitian-womens-voices-international-womens-day-2020
EN: https://www.worldbank.org/en/news/feature/2020/03/06/haitian-womens-voices-international-womens-day-2020

Laisser un commentaire

Catégories