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Jesula Blanc : une grande figure du féminisme dans le Nord-Est d’Haïti

Ces dernières années, partout en Haïti, pour obtenir davantage de droits, les femmes doivent se faire entendre. Beaucoup d’entre elles se sont mobilisées pour réclamer l’égalité femmes-hommes. Dans le Nord-Est d’Haïti, le nom de Jesula Blanc revient souvent quand il s’agit de plaider la cause des femmes. Il s’agit bien d’une vraie avocate.

Jesula Blanc est âgée de 40 ans. Mère de trois enfants, elle est aussi interprète, miliante, mais surtout féministe. D’ailleurs, elle est coordonnatrice de la grande plateforme-genre du Nord-Est (PGNE), composée de 2 fédérations, 6 réseaux et 55 organisations communautaires de base dont 85 % sont des organisations féministes.  » Nous nous battons pour les droits des femmes et des filles. Nous plaidons pour l’émancipation et l’intégration des femmes dans la société. Nous ferons en sorte de mettre en vigueur des lois sur l’avortement en cas de viol, inceste et anomalie « , promet Jesula Blanc.

À travers la structure PGNE, la défenseure des droits des femmes et des filles offre une assistance médicale, juridique, psychosociale et un abri temporaire aux femmes et aux filles victimes de violence.

« Nous menons des campagnes de sensibilisation contre les violences basées sur le genre dans tout le département et sur le COVID 19. Nous formons sur le genre, l’équité de genre, le leadership féminin, la participation politique des femmes, l’accompagnement des migrants vulnérables à la frontière Ouanaminthe-Dajabon », explique Jesula.

Jesula Blanc travaille pour une organisation internationale appelée Coopération Internationale Sud Sud (CISS) en tant que coordinatrice locale.
 » Ce projet vise à renforcer l’autonomisation des femmes à travers 8 financements en cascade à 26 mille euros pour 8 organisations membres de la plateforme pour réduire la vulnérabilité des femmes, la transformation des entreprises et les services que les organisations font pour créer des emplois « , déclare la féministe.

Le respect des droits de la femme piétiné par une société machiste

Jesula Blanc pense que la protection des droits des femmes devrait être une priorité dans notre société, car nous vivons dans un pays machiste. Le système patriarcal est en déroute, la relation entre les femmes et les hommes est déséquilibrée ce qui signifie qu’elle est grave.

 » Ici, les femmes sont vulnérables à tous égards. Les droits des femmes à la santé sont violés, leurs droits à l’éducation sont violés, les femmes rencontrent de nombreux problèmes pour ne pas aller à l’école. Les enseignants harcèlent les filles, si elles sont enceintes, elles sont renvoyées de l’école et parfois elles décident de laisser tomber  » dénonce l’avocate qui estime que lorsque les femmes ont une carrière, elles font face à d’autres problèmes comme des propositions indécentes de la part de leur supérieur.

La militante estime aussi que les femmes sont soumises à toutes sortes de violences : psychologiques, physiques, sexuelles, économiques.
« De 2019 à 2021, la plateforme a accompagné 510 cas dont 97 % sont des femmes. Nous constatons que la majorité des cas impliquent des futurs pères ou d’autres types d’hommes qui ne veulent pas prendre leurs responsabilités ».
« Souvent, en cas de viol, les dossiers sont traités sous la table, la justice n’est pas en faveur des femmes, se plaint la féministe.

Si une femme porte plainte pour violence conjugale, on demande souvent à la femme qu’est ce qu’elle a fait. Et si elle est enceinte, on demande toujours à la victime qui va prendre soin de son enfant si le père n’est plus là selon Jesula Blanc qui dénonce les viols subis par les femmes.
« Pour toutes ces raisons, les droits des femmes doivent être une priorité. L’inégalité des femmes et des hommes dans notre société doit être démystifiée », déclare-t-elle.

Lutte contre la violence conjugale.

La violence conjugale est un fléau mondial. En Haïti, des résultats d’enquêtes confidentielles suggèrent que la violence conjugale est un problème grave : environ 273 200 femmes souffrent de violences physiques et/ou sexuelles graves chaque année. Cela correspond à 9,4% de la population âgée de 14 à 49 ans.

Jesula Blanc conseille aux femmes victimes de violences conjugales de ne pas se laisser intimider.  » Ce sont souvent les hommes qui disent à ces femmes qu’elles n’ont pas le droit de porter plainte. Ils ne sont pas punis pour ces propos parce que la loi est lâche. Elles auront le soutien d’organisations féministes, membres de la plateforme et d’autres qui apportent leur soutien. Notre adresse est au dos de la délégation Ouanaminthe. Nous avons une équipe de service « , annonce Jesula.

Interrogée sur la confiance que les femmes peuvent placer en la PGNE, Jesula Blanc répond en ces termes :  » Nous faisons la sensibilisation contre les violences basées sur le genre. Les hommes doivent prendre conscience qu’ils ne pourront pas vivre sans la femme « .

« Nous continuerons, ajoute-t-elle
, à les former dans le cadre du Projet PICCA 2021-2022 avec l’Ambassade de France, nous réaliserons 10 sessions de formation dans 10 communes avec la participation de 14 communes dans le département du Nord-Est. Il y a environ 60 femmes et filles victimes de violence qui apprennent le carrelage, la cosmétologie, etc. Pour subvenir à leurs besoins à travers le projet VSBG que le Plan International met en œuvre dans le Nord-Est à travers le financement en cascade de 11 PGNE est l’un des bénéficiaires. Nos portes sont ouvertes 7 jours sur 7 pour les accompagner. Nous sensibiliserons davantage les femmes dans tous les coins du Nord-Est et nous développerons une stratégie mobile pour trouver des cas où il y a surtout des gens qui n’ont pas les moyens de se déplacer, il y a ceux qui viennent et nous les rapprocherons ».

« La stratégie de mettre les femmes de côté ne fonctionne dans aucun pays du monde. Les pays les plus avancés respectent les droits des femmes jusqu’à 80 % comme l’Allemagne, la Suède, la Norvège, etc.
La majorité des femmes chefs d’État ont donné les meilleurs résultats et à l’ère des couronnes turbulentes du monde, elles étaient les mieux organisées », conclut Jesula Blanc.

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