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Photo soumise par Milca Tonato

Milca Tonato, le numérique est un monde ouvert à tous

Milca Tonato est Speaker à la deuxième édition du Sommet International des Femmes du Numérique en Haiti, qui se tient du 15 au 17 mai. Une édition qui réunit comme la précédente, des femmes du monde entier évoluant dans le domaine du numérique pour partager leurs expériences. Native du Bénin, elle a travaillé très dure pour pouvoir s’imposer dans le domaine de la technologie, considéré dans son pays comme un monde d’homme. A travers cet entretien, Dofen News fait lumière sur son parcours…

Milca Tonato. Qui est-elle ? 

« Je suis à l’état civil Wankossi Milca TONATO, née le mardi 04 mars 1986 à Agatogbo, un petit village de la commune de Comé dans le département du Mono au Bénin. J’ai trois frères (frères germains donc seule fille de maman) mais nous sommes une vingtaine pour papa. Aujourd’hui, je suis mère de deux enfants et vis en couple. »

Etudes et parcours professionnel !

« Je suis titulaire d’un Master en Ingénierie logicielle et Audit informatique et d’un DTS (Diplôme de Technicien Supérieur) en Informatique de Gestion à l’Ecole Nationale d’Economie Appliquée et de Management (ENEAM) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) du Bénin. De 2009 à 2012, j’ai travaillé comme analyste programmeur à GEB Afrique  (www.gebafrique.com). Et de 2012 à ce jour, je suis chef service Recherche et développement à GEB AFRIQUE. Parallèlement à mes fonctions à GEB AFRIQUE, j’ai réalisé des projets (développement d’application, mise en place et administration de base de données, etc.) à des entreprises et particuliers à titre individuel. Je fais également un peu le commerce (vente d’équipements informatiques de base par exemple). »

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le milieu informatique ? 

« Au début je voulais juste savoir faire usage d’un clavier et d’une souris. Mais en réalité j’aimais beaucoup plus les mathématiques. Ainsi après mon Baccalauréat C, j’ai concouru et suis admise en « Informatique de gestion » car seuls les titulaires d’un Baccalauréat scientifique pouvaient s’inscrire et cette filière prenait aussi en compte mon désir de découvrir les réalités informatiques. Après m’être un peu cherchée, j’y ai pris goût. J’ai au cours de la formation réalisé que la programmation est ma voie. Par la suite, face aux défis de sécurité et de confidentialité des données que je manipule dans la vie professionnelle et autre, j’ai opté pour un master en audit de sécurité des systèmes d’information. Franchement j’aime bien le métier et je m’emploie à mieux le cerner. Je ne regrette donc pas ce choix. »

Etait-ce facile de frayer ton chemin en tant que femme dans le milieu professionnel ? 

« Naturellement non. D’abord culturellement, la majorité des gens pensent que femmes et études ne font jamais bon ménage. A plus forte raison une femme scientifique et du numérique. Autre chose dans un pays sous développé comme le Bénin, par ignorance les gens pensent que seules les grandes entreprises peuvent employer les apprenants du numérique. Et qu’au Bénin, il n’existe pas de grandes entreprises du genre. D’autres pensent carrément que l’homme blanc a déjà tout inventé dans ce domaine et qu’il y a des risques que je sois désœuvrée à l’issu de ma formation, Etc. Ces catégories de personne, de par leur raisonnement peu constructif, ont failli me faire changer de choix. Par ailleurs, les hommes dominent ce secteur et la société béninoise a tendance à qualifier ce métier de masculin. En outre, les entreprises au BENIN sont méfiantes à recruter des femmes pour deux raisons essentielles à savoir : doute sur leur compétence dans ce secteur ; Indisponibilité liée à la maternité. J’ai donc saisi la première opportunité qui m’ait été offerte par GEB AFRIQUE. J’ai réussi à convaincre, ce qui m’a valu la promotion au bout de trois ans au poste de chef service Recherche et Développement. »

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ? 

« Je travaille sur un progiciel de gestion optimisé d’une entreprise. Ce progiciel permettra de faire une gestion du personnel sous toutes ses formes (type de contrat, congé, repos, heure supplémentaire, licenciement, démission, carrière, salaire, prime, etc.), une gestion des clients et fournisseurs et leurs accessoires (facturation, recouvrement, réduction, etc.), etc. En effet je rêve de donner une autre forme à mon petit commerce et ceci passe par une gestion efficace et efficiente. Je pose ainsi à petit pas les jalons. Je n’exclus pas la commercialisation de ce progiciel. »

Quels sont les luttes qui sont chères à votre cœur ?

« J’ai toujours estimé que les quatorze semaines de congés de maternité données aux femmes au Bénin sont insuffisantes et qu’il faille l’étendre à minimum six mois pour permettre à la femme de bien allaiter son nouveau-né. Je ne la mène pas encore cette lutte mais j’y pense beaucoup. Il s’agit de lutter pour contraindre les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, à donner lors des recrutements exactement les mêmes chances aux hommes et aux femmes ; je veux aussi pouvoir faire comprendre aux femmes qu’elles ne doivent plus vivre comme des parasites au foyer mais doivent travailler et contribuer aux dépenses du foyer. Ce qui d’ailleurs améliore leur condition de vie. »

Quel est votre regard sur la femme d’aujourd’hui ? 

« Un regard certainement différent de ce que pense le commun des mortels. Pour moi plus rien n’est impossible à la femme aujourd’hui. Tout est question de volonté et de détermination. Seulement il faut disposer d’un moral au top et boire une bonne dose de persévérance car les obstacles sont énormes. »

Qu’est-ce qui devrait etre fait, d’après vous, pour qu’il y ait plus de femme dans le monde du numérique ? 

« Encouragement en premier de la scolarisation des filles. Un accompagnement nécessaire des filles pour éviter leur déscolarisation ; Sensibilisation à tout prix et à bonne heure (organiser par exemple des campagnes dans les collèges et lycées pour expliquer les débouchés et les opportunités du numérique) afin de susciter des vocations à la base.  Voter des lois par le pouvoir politique pour faciliter l’insertion des jeunes et en particulier des filles aux métiers du numérique. A défaut de lois, des mesures d’accompagnement pouvant susciter l’attirance vers le secteur du numérique doivent exister.

En quoi consiste ce voyage en Haïti ? 

« Une grande opportunité d’apprentissage et de partage. Car je suis heureuse de savoir qu’ailleurs dans le monde, des gens mettent déjà en pratique ce que je rumine. Une source de motivation donc. Un renouvellement certain d’énergie pour l’atteinte des objectifs. »

Avez-vous un message pour la femme en générale ? 

« Nous (femmes) devrons nous battre pour « PRENDRE LA PLACE QUI EST LA NÔTRE ». Ceci passe inévitablement par l’apprentissage, la curiosité et les recherches, la documentation, le partage d’expériences et toute activité pouvant favoriser ceci. »

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