Angelore Raymond, la rebelle fonceuse derrière « Les Produits Yo-La »

  • Par Diane Bissereth | jeudi 04 avril 2019
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Crédit photo Ticket Magazine

Les consommateurs de produits locaux du genre confiture et beurre d'arachide communément appelé mamba chez nous connaissent sûrement « Les Produits Yo-La » parce qu'ils les voient sur les étagères de quelques supermarchés de la place. Bien présentés ; on les confond souvent à des produits étrangers. La bonne nouvelle est que Les Produits Yo-La sont fabriqués exclusivement en Haïti. Contactée par la rédaction, la fondatrice nous a parlé de son parcours personnel et de ses inspirations.

C'est une jeune femme souriante, aux grands yeux qui m'a accueillie dans les ateliers de fabrication de « Les Produits Yo-La » situés sur la route de Pernier à Pétion-Ville. Déjà 10 heures du matin, les appareils étaient en marche et le personnel au taquet pour préparer un nouveau stock de mamba qui sera mis en vente un peu partout dans la ville. C'est avec beaucoup de fierté et de reconnaissance du travail bien fait que Angelore Raymond nous a parlé de son entreprise de transformation qui offre aux familles une gamme de produits de qualité associée à des fruits de provenance locale et sans additif chimique. 

Originaire du Sud du pays, Angelore Raymond a grandi dans une famille multiple avec une fratrie composée de onze (11) enfants au total. Elle a fait ses études primaires chez les Sœurs Salésiennes plus précisément à l’École Jésus Enfant de Cité Militaire et ses études secondaires d'abord chez les filles de Marie puis la dernière année (Philo) au Lycée Nationale de Pétion-Ville. A la fin de ses études classiques, ne possédant aucune orientation professionnelle, elle a pris involontairement une année sabbatique. Ayant appris sur le tas la manucure et la pédicure, elle partit travailler dans le studio de beauté de sa cousine qui lui a conseillé d’étudier les Sciences Economiques. 

 

Voulant à tout prix s'orienter vers la gestion des affaires, elle n’était pas enchantée de suivre cette voie mais a finalement décidé d’écouter sa conseillère qui l'a inscrite à la Faculté des Droits et des Sciences Economiques (FDSE). Malheureusement, tout s'est mal passé au concours d'admission. Après avoir écrit son nom sur la feuille d'examen, la candidate pas très intéressée par l'économie s'est endormie comme si de rien n’était. Peu de temps après soit en 2009, elle a décidé de passer les examens d'admission de l'Institut National d'Administration de Gestion et des Hautes Études Internationales (INAGHEI) pour se livrer à l'étude des Sciences Administratives, Sciences Sociales dans laquelle figure la discipline dont elle s'entichait tant, la gestion des affaires. Sa volonté de devenir gestionnaire l'a poussé à tout donner pour réussir le test d’évaluation. Une aptitude qui a été payant car elle est parvenue à obtenir son droit d'admission pour intégrer l’université. 

 

Son parcours au sein de cette faculté n'a pas été facile. Entre le tremblement de terre de 2010 et les éternelles crises conjoncturelles, ses études ont duré, si je peux reprendre ces mots, un cycle d’étude en médecine. La licence qu'elle aurait dû décrocher en 2013, elle l'a finalement eu en 2015.

Grâce à l’université, Angelore a connu des professeurs qui occupaient des places importantes au sein des ministères et autres institutions. A un moment de la durée, le Doyen de l’université a voulu, aider quelques étudiants y compris elle à décrocher des stages mais en vain. Après s’être rendue compte qu'avoir les références et les relations qu'il faut n'ouvrait pas forcément les portes du marché du travail, l’idée de créer Les Produits Yo-La est venu à la jeune femme touche-à-tout comme une révélation. 

 

A 1h du matinau cours du mois d'avril 2015, incapable de trouver le sommeil à force de réfléchir pour trouver un bon concept d'entreprise, elle prend son portable et téléphone à un ami pour lui partager tout ce qui lui passait par la tête. Après maintes échanges, ils ont opté pour une entreprise d'embouteillage de mamba. A eux deux, ils avaient sept mille cinq cent (7500) gourdes. Avec cette somme, ils allaient devoir décider exactement ce qu'ils voulaient et ce qu'ils pouvaient se permettre de vouloir. C'est ainsi que «  Les Produits Yo-La » ont vu le jour avec une production de vingt (28) bocaux de mamba destinés à professeurs et certains étudiants vu la réalité financière de ces derniers. 

 

« Avant, je pensais que la réussite résidait dans le fait de toucher à tout. Avant Les Produits Yo-La, j'achetais des vêtements à Santiago en République Dominicaine pour les revendre à mes camarades à l’université. J'essayais de saisir toutes les opportunités qui se présentaient à moi question de trouver quelques billets pour répondre à mes besoins », nous confie Angelore. 

 

«  A l’époque, j’étais une rebelle et je le suis encore. Je n’étais pas souvent d'accord avec mes parents ce qui m'a poussé à entreprendre des tas de choses sans leurs accords. Dès que j'avais la conviction que ça pouvait réussir, je le faisais. », continue t-elle. Pour Angelore la rebelle, la réussite réside dans ce qu'on fait avec ce qu'on apprend à l’école, de comment on utilise des éléments de notre quotidien pour faire sortir quelque chose de bon, d'utile. 

Depuis l’entreprise a connu une grande évolution en ce qui attrait à la diversité. Dans les ateliers de Les Produits Yo-La, dont le nom signifie que tout est présent sous nos yeux qu'il suffit de savoir comment les combiner pour avoir ce qu'on veut, on fabrique de la confiture, de la liqueur, des cocktails sans sucre et des mambas dont les saveurs sont identifiables par code de couleur. L'emballage des mambas pimentés sont de couleurs rouges, ceux qui sont sucrée ont un emballage vert et celui qui est dépourvu de sucre et de sel a un paquetage de couleur blanche. 

 

Aujourd’hui, l'entreprise fabrique mensuellement plus de cinq mille (5000) bocaux de mamba et de confitures qui sont vendus entre autres dans presque tous les supermarchés de la place et dans les villes de province. 

 

La route menant à la réussite de son entreprise n'a pas été un jeu d'enfant. Angelore a dû s'armer de patience, aptitude qu'elle n'avait pas avant, et de persévérance. Pour elle, la réussite au premier jet n'existe pas et l'abandon n'est pas une option. La dame « Yo-La » a été obligée de se battre notamment pour trouver des financements pouvant mener à l'aboutissement de son projet. La fierté qui se dégage sur le visage de la jeune entrepreneure en est la preuve parce qu'elle a défié les statistiques qui estiment le déclin d'une startup de 1 à 3 ans par manque de financement.

L’initiatrice de Les Produits Yo-La a beaucoup d'ambitions. Elle compte, dans un futur proche, s'implanter sur le marché international en exportant ses produits plus particulièrement le mamba. D’ailleurs, il y a de cela deux (2) ans, son entreprise a été approuvée par l'organisme américain Food and Drug Administration (FDA) qui a le mandat d'autoriser la commercialisation des produits sur le territoire des États-Unis.

A travers son entreprise, Angelore Raymond a unit l'autonomie, les produits locaux et l'entrepreneuriat. Après la réussite non discutable de ces combinaisons, la femme d'affaire désormais à succès est l’icône parfaite de ce qu'on peut faire avec les moyens du bord. 

 

Elle s'est bâtie une carrière professionnelle en affaire à partir de son désir d'entreprendre et son envie de toujours vouloir répondre à ses besoins. Avec près de quatre (4) ans sur le marché national, Les Produits Yo-La sont des éléments essentiels dans le quotidien alimentaire des haïtiens de la capitale et de quelques départements de provinces dont le Nord et l'Artibonite qui n'ont qu'un seul réflexe que de déguster un bon morceau de pain au beurre d'arachide ou à la confiture quand ils ont faim.



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